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Une rencontre.

 
Photo Meggie Schneider

Il se matérialise soudain. Dans mon dos. Alors que je regarde les affiches placardées du les grilles présentant les médaillés olympique  français. Institut National pour le Sport l’Expertise et la Performance. Insep. Avant c’était simplement Institut National pour le Sport et l’Éducation Physique.  Des athlètes noires noirs brandissant des drapeaux bleus, blancs, rouges. Lui aussi porte un survêtement bleu à parements blanc et rouge. Lui aussi est noir. Mais vu le gabarit, plutôt un marathonien. Un éthiopien ou un kenyan donc. Que me veut-il ? Il me dit mister, mister. Il ne parle pas un mot de français, ni d’anglais, ni d’arabe, ni d’espagnol. Il dit juste mister, mister,  et me montre un papier  sur lequel sont notés deux mots ; Bus N°112 et Centre de Rétention de Vincennes. Il me montre ses vêtements : police, police, dit-il. Il met ses deux mains ensemble comme un homme qu’on menotte, et répète : police, police. Le fait est que ses vêtements sont neufs, ainsi que ses chaussures. Bus 112 ? Vous voulez allez à Paris ? Il répète Police, police. Il sort un papier de sa poche. Un papier dactylographié en français. Un arrêt d’expulsion. Mon interlocuteur est érythréen, sa langue est le tigri, un traducteur dans cette langue l’a assisté durant son passage devant le tribunal. La direction à lui indiquer semble plutôt celle de Paris, même s’il semble bizarrement attiré par notre police. Vous voulez aller à Paris ? Prendre le métro ? Je vous amène au bus112 direction Paris. Je lui fais signe de me suivre. En marchand, nous poursuivons notre absence de conversation. Il sort un nouveau papier de sa poche. Il y est écrit : Euroline, Métro Gallieni. Ok, ok. Il faut prendre le métro. Le bus, le bus va vous amener au métro. Au métro, vous demanderez la direction Gallieni. Sur le papier, un numéro de téléphone français. J’appelle ? Vous voulez que j’appelle. Oui, il veut que j’appelle. Peut-être aurai-je au bout du fil un interlocuteur parlant et le français et le tigri. Mais ça sonne dans le vide. Il est tard dans l’après-midi. Le téléphone doit sonner dans le vide d’un bureau.
Nous voilà à l’arrêt du bus devant la Cartoucherie. Gallieni, Euro line ? OK ? Bus, puis métro. Il dit Gardunor, oui, j’entends clairement Gare du Nord ? Calais ? Belgique ? England ? You want to go go England ? Il a l’air intéresse. OK. C’est la même chose. Le bus 112. Terminus. And after, métro. Ask the direction. Vous avez un ticket ? Non, bon, un ticket pour le bus. One for the bus. And one for the métro. OK ? Le bus tourne l’angle de la route des Pyramides.  De l’argent ? Vous avez de l’argent ? Voilà. Cinq euros. Il est gêné, ne veut pas de l’argent, il me dit police, police, me montre son survêtement, il finit par prendre l’argent, l’air contrarié, monte dans le bus.