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Dossier du spectacle

La lecture,
ce vice impuni


un projet de

Xavier Marchand et Stéphane Olry

En trois mots
Croire – Donner plus qu’on ne reçoit.
Recevoir les mots et donner des actes.
Paul Valéry

Recueillir des témoignages sur les pratiques de lecture. Les écrire. Les ranger dans une bibliothèque nomade. Répéter la lecture de ces textes avec des comédiens et certains témoins. Investir un lieu pour faire entendre ces mots. Inviter le public à déambuler dans cette bibliothèque de paroles incarnées. Enclencher ainsi un processus potentiellement sans fin d’appropriation et de restitution d’une parole intime.


Cheminement

Rien ne m’avait préparé particulièrement à une entreprise de ce genre…
Émile Littré

Nous non plus, rien ne nous avait préparés à une entreprise de ce genre. Rien ? Et le cycle de notre Salon de lecture consacré aux Savoir-vivre à la Villette ? Et nos deux ateliers de lecture au théâtre de l’Aire Libre et au théâtre Garonne consacrés à la Genèse pour l’un et à la Guerre pour l’autre ? Certes, mais c’est le travail têtu sur la causerie d’Émile Littré intitulée « Comment j’ai fait mon dictionnaire de la langue française » qui initia réellement le projet qui est le nôtre aujourd’hui.

Nous y consacrâmes de longs temps de répétition, d’adaptation et de réflexion avant de comprendre que, plus que le texte de Littré, plus que la vie d’austérité à bâtir ce monument de la langue française, plus que l’œuvre elle-même, c’est le processus de travail du lexicographe qui nous fascinait.

Recueil d’exemples, classification, écriture, imprimerie : à tout instant le désir nécessairement classificateur du lexicographe se heurte à la vie de la langue, aux aléas du travail, aux vicissitudes historiques. Par ailleurs, l’idée d’édifier une œuvre presque anonyme, sans récit, sans dramaturgie, et dont chacun peut s’emparer librement n’était pas sans nous séduire.

Donc, plutôt que de chausser des lorgnons, de nous coller une barbe postiche et de jouer la « Causerie du 20 mars 1881 » d’Émile Littré, nous avons eu le désir de lancer la production non pas d’un dictionnaire, mais de notre bibliothèque idéale, une bibliothèque où les textes sont incarnés par des interprètes, puisque -contrairement à Littré « Homme de cabinet »- nous sommes pour notre part ce qu’il est convenu d’appeler des « Hommes de théâtre ».


De l’expérience de nos précédents spectacles ou Salons de lecture nous avons ressenti de la part des spectateurs un grand désir de témoigner de leur vie, mais aussi de participer au spectacle. Nous prenons acte de cette évolution des relations entre les artistes et les spectateurs et tentons d’en donner une traduction pertinente dans notre champ de compétence.

Ce désir de partage s’accompagne d’un corollaire : puisque que nous souhaitons établir une relation si ce n’est égalitaire au moins égale avec les spectateurs et intégrer ceux qui le souhaitent dans l’équipe artistique de notre projet, nous nous interdisons de porter un jugement qualitatif (social, culturel ou artistique) sur ce qu’ils lisent. Nous décidons donc de nous intéresser non pas à ce qu’ils lisent, ou pourquoi ils lisent, mais à comment ils lisent. Que la lecture porte sur des bandes dessinées ou de la philosophie, peu nous importe. Ce que nous partageons tous, c’est le geste de prendre un livre, de le feuilleter, de se plonger dedans, de s’en extraire, de le ranger. Au reste, l’expérience est facile à faire : autour d’une table si vous lancez par exemple le sujet « comment rangez-vous vos livres ? », la discussion s’enclenche immédiatement. Enfin, l’intensité mise dans la lecture n’est en rien proportionnelle au nombre de livres, ni même à leur qualité : des gens qui ne possèdent chez eux qu’un dictionnaire et un livre de cuisine témoigneront parfois de façon aussi pertinente de l’intensité de la lecture qui est la leur de ces deux livres qu’un universitaire de ses lectures érudites.

Nous avons conçu un questionnaire sur les pratiques de lecture en sept points auquel nous nous sommes soumis. Le résultat nous a semblé suffisamment probant pour le valider, et envisager d’élargir le processus de l’enquête à d’autres lecteurs.

Comment recueillir la parole qui nous sera confiée, l’écrire, la classer, la distribuer, l’interpréter, voilà les questions que nous nous sommes posées avant d’élaborer le processus de travail décrit dans les pages suivantes.


Processus de travail


Au jardin d'acclimatation, les singes étaient moins singes, au jardin du Luxembourg, les hommes étaient moins hommes. Platonicien par état, j'allais du savoir à son objet. Je trouvais à l'idée plus de réalité qu'à la chose. C'est dans les livres que j'ai rencontré l'univers: assimilé, classé, étiqueté, pensé, redoutable encore.

Jean-Paul Sartre



Cinq étapes jalonnent le processus de travail que nous initions.

1 : préméditation du projet qui fait l’objet du présent dossier. Lors de séances de travail au théâtre Paris-Villette en février et mars 2005, nous avons élaboré le questionnaire suivant en sept points :

« Où lisez-vous ? »

« Quand lisez-vous ? »

« Comment vous procurez-vous vos livres ? »

« Comment rangez-vous vos livres ? »

« Comment vous débarrassez-vous de vos livres ? »

« Allez-vous dans les bibliothèques ? »

« Quel dictionnaire utilisez-vous ? »

Nous avons eu ensuite la curiosité de le tester sur nous-mêmes et de nous y soumettre mutuellement. L’un posait les questions, l’autre y répondait, le premier écoutait et notait les réponses. Le script de ces entretiens a été dactylographié, mis en forme et écrit. Nous avons ensuite testé la lecture de ces textes devant un auditoire. Le résultat nous a paru suffisamment intéressant pour imaginer qu’une enquête élargie fournirait la matière à l’écriture de textes formant une bibliothèque sur les pratiques de lecture. La grille de questions, la prise de notes manuelle durant l’entretien, la remise en forme ultérieure de ce matériau sont donc des éléments que nous conservons pour la seconde étape du processus de travail :



2 : constitution de l’équipe. Des précédentes expériences de Salon de lecture que nous avons organisés, il ressort un intense désir de participation des auditeurs. Il n’était pas de Salon de lecture que nous eussions organisé, sans qu’un auditeur vienne nous rejoindre à la table pour nous demander comment il pourrait intégrer notre collectif de lecteurs. Par ailleurs, que ce soit au théâtre de l’Aire libre à Saint-Jacques-de-la-Lande, au théâtre Garonne à Toulouse, au parc de la Villette à Paris, ou au château de Pierrefonds, les soirées publiques qui furent données avec des amateurs à la suite des ateliers de lectures que nous organisions ne furent pas les moins intéressantes. Nous avons donc voulu poursuivre cette expérience. Pour autant, nous ne souhaitons pas nous interdire de travailler avec des gens proches artistiquement et rémunérés généralement pour la pratique publique de leur art.

Donc, il nous a paru important de poser que nul ne participe au projet sans avoir d’abord répondu à l’entretien. Cette contrainte concerne ceux qui seront amenés à lire sur scène les témoignages recueillis, mais aussi tout membre de l’équipe technique ou administrative du spectacle. Il nous semble juste de demander qu’au moins une personne de l’équipe du lieu d’accueil du spectacle se soumette au questionnaire. Cette communauté virtuelle de lecteurs posée, nous avons décidé des :


3 : conditions matérielles de l’enquête. L’enquête a débuté par les deux questionnaires auxquels nous nous sommes soumis. Elle n’a pas de fin prévue, ni prévisible. Nous souhaitons accumuler de nouveaux témoignages au fur et à mesure de la lecture des précédents témoignages sur les pratiques de lecture. Chaque lieu de présentation du spectacle sera donc aussi un lieu de collecte de témoignages. Nous gardons ainsi le processus même de la bibliothèque, qui -à l’instar de la toute première d’entre elle, celle d’Alexandrie- est à la fois un lieu d’acquisition permanente et de lecture. La nécessité de constituer une masse critique de témoignages, ainsi que la proposition de résidence de La Revue Éclair au Château de La Roche-Guyon nous ont décidés à réaliser là-bas notre premier collectage de témoignages qui a eu lieu durant cinq week-ends de l’hiver 2007. Chaque entretien dure environ une heure. À l’issue de ce premier collectage, vingt-huit entretiens ont été rassemblés.

Voilà comment cette étape de travail se réalisera, en premier lieu au Château de La Roche-Guyon, puis dans les lieux souhaitant inviter notre projet.

Un travail de communication, d’établissement des relais (personnel de l’équipe du lieu du spectacle, habitants du quartier ou de la ville, bibliothécaires, enseignants, spectateurs réguliers de La Revue Éclair ou du lieu du spectacle) est établi. Un communiqué de presse est diffusé, informant des lieux et dates de l’enquête, et aussi des représentations ultérieures.

L’entretien est mené par Xavier Marchand et Stéphane Olry. La parole recueillie est notée et enregistrée durant l’entretien.


4 : rédaction des textes. Les éléments notés au cours des entretiens sont mis au propre et rassemblés. Ils sont le cas échéant complétés par des enregistrements témoins faits durant les entretiens. (nota : ces enregistrements ont pour unique objectif de faciliter la transcription : le processus de travail demeure exclusivement centré sur la parole et l’écrit).
Durent les entretiens, Xavier Marchand pose les questions et Stéphane Olry note les réponses. L’un regarde, l’autre écoute. L’écriture du projet repose sur cette écoute, rythmée par le grincement du stylo sur la feuille, d’une voix venue confier une partie de son intimité.
De cette écoute flottante, quelques mots, des images émergent : c’est à partir de ces instants que se cristallise l’écriture. Apparaît un portrait, un type de lecteur, un rapport sensible au monde : un monologue tentera de rendre compte de chacune de ces rencontres singulières.
Treize monologues seront ainsi rédigés, destinés à être dits ou lus dans une dizaine de lieux différents.


5 : présentation publique. Les lecteurs venus témoigner et ayant exprimé, lorsque la question leur a été posée, l’intention de lire des textes publiquement sont contactés. Trois jours de répétitions avec ces lecteurs et d’autres membres de l’équipe artistique sont organisés dans le lieu du spectacle. Parallèlement, la scénographie se déploie progressivement dans le lieu, dans tous les espaces où des lectures devront avoir lieu. Le maître d’œuvre de cette utilisation de l’espace ainsi que de la distribution des textes attribués à chacun est Xavier Marchand. Une contrainte impose pour la distribution de ces textes que nul ne lira un texte nourri et contenant des éléments provenant de sa propre interview.

Par ailleurs, un texte d’introduction sera dit par les maîtres d’œuvre du projet dans le lieu d’accueil du spectacle, exposant les motivations qui les ont amenés à concevoir ce spectacle, ainsi que le mode d’emploi de la soirée.

Le spectacle doit permettre au spectateur de se déplacer dans cette masse de souvenirs liés au livre comme on se promène le long des rayonnages d’une bibliothèque. Plusieurs espaces seront donc investis pour ce faire dans le lieu accueillant le spectacle ou ses environs immédiats. Plusieurs lectures ayant lieu à la même heure, le spectateur pourra, grâce à un programme mentionnant horaire, durée, thématique des lectures, choisir les lieux où il veut se rendre. Des lectures seront répétées en boucle afin que chacun puisse aussi accéder aux lieux de petite taille, où seule une jauge réduite de spectateurs peut être accueillie. La scénographie sera conçue afin de pouvoir se moduler et investir rapidement des lieux de taille et de nature très diverses (escalier, corridor, salon, chambre, cuisine, combles, jardin etc.). Elle permettra aussi au spectateur de se ménager des instants de pause, en buvant un verre. Un moment de rassemblement de tous les spectateurs dans la salle de spectacle servira de point d’orgue à la soirée.


Qui fait quoi

Pas de déjeuner ; mais force cigarettes ou pipes fumées en travaillant ! Pas un moment de flânerie, si ce n’est aux instants de ma visite bi journalière, où l’on causait un peu de ce qu’il fallait faire : ah ! que c’était amusant ! Et les modèles qui posaient parfois là-haut… !
Charles Garnier



Titre :

« Ce vice impuni, la lecture »

D’après une enquête sur les
Pratiques de lecture

Conception, écriture, mise en scène
Xavier Marchand & Stéphane Olry

Scénographie :
Mathias Poisson

Avec :
Xavier Marchand
Corine Miret
Pascal Omhovere
Stéphane Olry
Mathias Poisson

et des lecteurs amateurs

Administration:
Ana da Silva Marillier

Durée :
Deux heures trente

Production :
La Revue Éclair/Lanicolacheur dans le cadre de la résidence de La Revue Éclair au Château de La Roche-Guyon.

La Revue Éclair est conventionnée par la Drac IDF, et par la Région Ile-de-France.
Lanicolacheur est conventionnée par la DRAC PACA, la Ville de Marseille, la Région PACA, et le département des Bouches du Rhône



Qui a fait quoi (avant)

Que reste-il à l’homme de son travail et de sa peine sous le soleil.

La Bible – Qohélet 1/3

Stéphane Olry
Dans les années 80, avec la Compagnie Extincteur, il écrit et met en scène des spectacles joués en France et à l'étranger. Il fonde ensuite La Revue Éclair et organise durant quatre ans des soirées de spectacles de formes brèves présentées dans des théâtres, des centres et des galeries d'art contemporain.
Le rapport aux autres artistes, ainsi qu’aux spectateurs est au centre de son travail. Il collabore régulièrement avec d’autres artistes pour l’écriture de textes et leur mise en scène, ainsi que pour l’élaboration de rendez-vous avec les spectateurs autour d’œuvres spécifiques (textes non-théâtraux – vidéos)

Spectacles produits :
2006 13 semaines de vertu, créé au Château de La Roche-Guyon.
2005 Mercredi 12 mai 1976, écrit avec Corine Miret, créé avec la Comédie de Saint-Étienne et les Transurbaines.
2004 La chambre noire, créé à la Villa Gillet à Lyon.
2003 Le musée est le temple des Muses, commande du Conseil Général des Bouches-du-Rhône pour les journées du patrimoine au Museon Arlaten (Arles).
2002 Le salon de lecture, conçu avec Corine Miret et Clotilde Ramondou, créé à l’Établissement Public du Parc et de la Grande Halle de la Villette.
La Vita Alessandrina, Avant Projet Définitif, créé dans une mise en scène de Xavier Marchand au théâtre Garonne à Toulouse, repris au Théâtre de la Cité Internationale dans le cadre du Festival d'Automne et en tournée.
1999 Nous avons fait un bon voyage mais, écrit avec Corine Miret, créé au théâtre de l’Aire libre à St-Jacques-de-la-Lande et repris au Théâtre de la Cité Internationale.
1997 Des voix dans la maison d’Orient, écrit avec Corine Miret, créé dans une mise en scène de Xavier Marchand au théâtre des Bernardines à Marseille.
1996 Les Thés Vidéos, créés en appartement, présentés régulièrement depuis cette date dans des galeries, des théâtres, en ce moment au Théâtre Paris-Villette.


Xavier Marchand
Formé au Conservatoire National d’Art Dramatique de Paris, comédien sous la direction de Claude Régy et Jean-Marie Patte, Xavier Marchand fonde en 1987 la compagnie Lanicolacheur conventionnée par le Ministère de la Culture en 2000. Il choisit, en travaillant à la mise en scène d’œuvres poétiques et d’écritures contemporaines de privilégier un théâtre du langage, du verbe, des écrits non-théâtraux. Par ailleurs, il mène à Marseille des projets réunissant des artistes de différentes disciplines autour de la culture des communautés qui y vivent.

Dernières mises en scène :
2005 Métro-Bougainville et A feu doux d’après Salim Hatubou
dans le cadre de Marseille-Comores manifestation organisée avec Le Merlan Scène Nationale
2004 Les Histoires d’Edgar d’après John Edgar Wideman
Créé aux Subsistances-Lyon
2002 La Vita Alessandrina – avant-projet définitif de Stéphane Olry créé Théâtre Garonne-Toulouse, et repris au Théâtre de la Cité Internationale dans le cadre duFestival d’Automne à Paris
2000 Prunus Armenica – 7 miniatures pour Paradjanov en collaboration avec la chorégraphe Olivia Grandville
1999 Au Bois Lacté d’après Under Milk Wood de Dylan Thomas
Théâtre Gérard Philipe-Saint-Denis CDN,
1997 Des voix dans la maison d’Orient de Corine Miret et Stéphane Olry

Projets autour des cultures des différentes communautés de Marseille :
La Petite Topographie Littéraire de Marseille
Lectures publiques menées par Xavier Marchand avec des amateurs issus des différentes communautés de Marseille (projet produit par le Théâtre des Bernardines de 1995 à 1997)
2004 autour de la littérature comorienne
1997 autour de la littérature vietnamienne
1996 autour de la littérature arabe
1995 autour de la littérature arménienne



Mathias Poisson

Designer diplômé de l’École Nationale Supérieure de Création Industrielle (ENSCI / Les Ateliers, Paris), il y a mené un travail de recherche sur le rapport entre le corps et l’objet quotidien. En 2003, il suit la formation Exerce du Centre Chorégraphique National de Montpellier, dirigé par Mathilde Monnier, afin de relier la danse contemporaine et la conception d’objets.
Scénographe et performeur, il participe à des projets de spectacle vivant avec Pierre Droulers (Marseille, 2003), Corine Miret et Stéphane Olry pour Le Musée est le temple des muses (Arles, 2003), La Chambre noire (Lyon et Bagnolet, 2004), Mercredi 12 mai 1976 (Saint-Étienne 2005), 13 semaines de vertu (La Roche-Guyon, 2006), Emmanuelle Huynh pour Ligne d’arrivée (Chamarande,2004), Alain Michard dans La Coalition (Laboratoires d’Aubervilliers, 2004 et Rennes, 2005), Couac (Bordeaux 2006) et Catherine Contour dans Peut-être (Dijon, 2004)
Récemment, il propose des performances in situ autour de la promenade : Fuites Raffinée à la raffinerie de Bruxelles (Charleroi danses, 2006) ou les Promenades Blanches à Bordeaux en collaboration avec Alain Michard (TNT bordeaux, 2006)