Texte La Chambre Noire

écrit par Stéphane Olry, en 2004, et créé à la Villa Gillet à Lyon dans une mise en scène de Corine Miret et une scénographie de Mathias Poisson. Avec Michel Ouimet.

Premières lignes du texte :

“ Le dimanche 2 février 2003, j’ai poussé la porte d’un appartement situé au 3° étage d’un immeuble du 43, rue Lauriston dans le 16° arrondissement de Paris.
La table de la salle à manger était couverte par des ustensiles hétéroclites extraits d’un buffet béant. Le salon avait été vidé de ses meubles et tapis. Sur le parquet mis à nu étaient dispersés des “ Jours de France ” jaunis.
J’entrai dans une chambre. En vrac sur un lit, des échantillons de tissus épinglés à un patron de papier, une couverture en poils de chameau, des chapeaux à voilette, des gants de cavalier, des vieux caleçons.
L’appartement était grand. Je le connaissais pour y être venu durant mon enfance. Je le parcourais cependant pour la première fois librement, ouvrant des portes qui m’étaient demeurées jusqu’alors fermées, découvrant des chambres inconnues. J’ouvrais les tiroirs, parcourais du regard les lettres entassées à l’intérieur. Sur une coiffeuse, je saisis un poudrier, et reconnus le parfum de ma grand-mère.
Un jour ou l’autre, après le décès d’une vieille tante, on est tous appelés à connaître cette situation.
On retrouve sous l’empâtement du visage, derrière les rides, le sourire du cousin avec qui on a joué. On se résume nos vies en phrases lapidaires : “ Je suis Directeur des Ressources Humaines dans telle boîte ” ; “ J’ai trois enfants, deux filles, un garçon ” ; “ Et toi, toujours le théâtre ? ”.
Le jour tombe tôt en février, l’électricité avait été coupée. Il fallait quitter l’appartement obscurci.
“ Quelqu’un a demandé le coffre du Liban ? ”
“ Personne. Tu le veux ? ”
“ Oui. ”
“ Prends-le mon vieux. ”
J’ai trimballé le coffre jusqu’à mon appartement. Lorsque, ce dimanche soir, je l’ouvris enfin, il m’apparut qu’il était empli de dossiers scolaires, médicaux et militaires et de plaques photographiques. Toutes ces archives avaient trait à un homme que je n’avais jamais connu : le colonel Gaston Olry, mon grand-père, mort en 1954, huit ans avant ma naissance.
Il avait serré dans ce coffre, comme pour son ultime paquetage, les documents qui le concernaient lui, personnellement. Depuis sa mort, aucune main n’y avait rien ajouté, ni soustrait."

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La Chambre Noire Gros plan Stephanepoursite

Photo Pierre Grosbois