Presse les arpenteurs

Revue de presse "Les Arpenteurs" au Théâtre de l'Aquarium, novembre-décembre 2011

 

WebThea - Jacky Viallon - 28 novembre 2011

Par-delà les chemins et les grèves

« Par-delà les chemins et les grèves », nous pourrions effectivement sous-titrer ainsi la pièce par ce titre d’un petit roman peu connu de Flaubert. De fait, est qu’il y a quelque part, dans le style un ciselé à la Flaubert et l’on ne peut pas s’empêcher de penser aux personnages de Bouvard et Pécuchet, sortes d’anthropologues à la recherche de quêtes perdues. Les « Arpenteurs » , tels aussi de scrupuleux entomologistes dissèquent, découvrent et mettent à jour minutieusement tout un processus de recherche autour de l’histoire saugrenue d’un savant calcul permettant de définir le mètre universel en arpentant une fraction du méridien de Paris entre Dunkerque et Barcelone.

L’ensemble est narré tout en demi-teinte, immodérément précis et se jouant sur deux registres à la fois complémentaires et contradictoires : un registre lié à la crédibilité due au réel et l’autre jouant sur la fantaisie du fictif. L’équivoque règne en permanence sur le plateau, les comédiens bien assurés savent sauter d’une humeur à l’autre et se rattraper. Souvent le ton est si juste que l’on se demande si nous ne sommes pas en droit d’intervenir dans la conversation qui semble-t-il nous propose de tentantes ouvertures. Dommage, nous sommes trop timorés et en dehors de toute volonté la sacralisation naturelle du lieu nous frustre de cette intention. Discipline interne dans la cour du spectateur, tout reste bien trop souvent dans l’ordre, il est difficile pour lui d’enfreindre cet espace qu’est le plateau, heureusement qu’il a son imaginaire qu’il envoie sur scène en procurateur. On touche là une des magies du théâtre, d’ailleurs ça fonctionne bien sur ce plateau de l’Aquarium, le public se fait berner, promener et semble découvrir l’aventure en même temps que les comédiens, c’est ce que l’on pourrait appeler la confusion des plaisirs. Ces nobles comédiens nous renvoient tant d’énergie que toute cette dynamique suscite un immense respect de la part du public.

Il y a également derrière un numéro de jonglage assez étonnant entre le réel et le fictif, la narration glisse constamment entre ces deux lectures ou voir proposition et effectivement comme l’ensemble est annoncé dans sa facture comme une simple proposition cela offre aux spectateurs une certaine aisance à s’engager eux aussi dans l’aventure en offrant aux comédiens toute sa bienveillante crédulité.

C’est en ce sens que le spectacle est profondément original. Il est en plein fonctionnement dialectique et pour une fois, sans vouloir faire de la lecture « Brechtienne » à tout prix, on aborde réellement le phénomène distanciatoire au Théâtre.

Spectacle original à soutenir. Attention, si vous y envoyez votre écureuil qu’il se présente avec votre accord parental.

 

L'Humanité - Marie-José Sirach - 5 Décembre 2011

Une traversée du territoire de haut en bas

Stéphane Olry et Corine Miret présentent au Théâtre de l’Aquarium leur dernière création, les Arpenteurs. Un voyage jubilatoire en suivant la méridienne au cœur du pays.

Il était une fois sept arpenteurs, sept marcheurs qui, sur proposition de Stéphane Olry, ont accepté de traverser la France le long de la méridienne de Paris (Dunkerque-Barcelone). Le premier d’entre eux est parti le 14 juillet 2009. Voilà donc le récit mouvementé, étrange et joyeux de cette expérience, une aventure humaine, l’exploration malicieuse et subtile du territoire qui dessine sous nos yeux une cartographie de notre pays au plus près de ses habitants, de son architecture, de ses routes jamais très droites, de ses usines, de la nature.

À chaque arpenteur son style, son déplacement dans l’espace, son approche du terrain, son point de vue. Ce n’est pas la France vue d’en haut, vision purement esthétisante et quelque peu méprisante. Ici, c’est le pays. Un pays vivant, un voyage vers l’autre, cet inconnu, notre semblable. Un pays qui respire au gré des saisons, du travail, de son aménagement, donc un pays en mouvement. Avec ses chiens qui aboient à la tombée de la nuit ; ses mirabelles qui s’épanouissent le long de la Francilienne ; ses cafés en bord de départementale du côté de la Creuse ; ses paroles pleines de bon et de mauvais sens.

Stéphane Olry a réorchestré ce matériau extrêmement dense, l’a mis sur le métier pour tisser les fils d’un ouvrage qui entremêle avec virtuosité récit fictif et documentaire, conjuguant le tout au présent et au passé, conférant à cette expérience unique une dimension historique d’abord insoupçonnée. Car les premiers arpenteurs sur cette méridienne furent, en 1792, deux astronomes missionnés pour définir le mètre étalon, une mesure universelle inscrite dans les cahiers de doléances. La traversée contemporaine de nos sept arpenteurs croise le chemin des deux astronomes, Delambre et Méchain, qui, par de savants calculs, doivent établir cette unité de mesure universelle. Mais Méchain s’aperçoit qu’il s’est trompé dans ses calculs. Dès lors, il passera toute sa vie à tenter de déceler son erreur et préférera la maquiller, ce qui rendra le mètre trop court de 0,2 millimètre. La fraude sera découverte par son acolyte en 1806…

Ce pan d’histoire s’immisce naturellement dans le récit au présent. C’est d’une subtilité flagrante, d’une pertinence incontestable. On est séduit par le rythme, la part alternée de folie douce qui envahit le plateau où le budget ne parle que de coupes (ou comment évoquer les difficultés pour monter un tel spectacle quand on est une compagnie reconnue mais qui ne fait pas dans le tape-à-l’œil) ; un écureuil creusois se rebiffe ; un responsable d’usine parle une langue de bois des plus musicales tandis que les directeurs de théâtre croisés sur le méridien manquent cruellement d’audace eu égard à cet objet artistique inclassable de prime abord. On perçoit le bruit du vent dans les rayons des roues de vélos, celui de la nuit en forêt, celui, plus sourd, des voitures, celui des voix humaines dans le lointain un soir d’été. Au fur et à mesure, le décor se construit sur le plateau, fait en carton et avec des tissus raccommodés, jusqu’à ce que les mots, découpés eux aussi sur des cartons, envahissent la scène comme autant de mauvaises herbes ou plutôt d’herbes folles… C’est fin, c’est drôle et intelligent. Courez-y vite, il ne reste que quelques jours.

 

 

Rue 89 - J.P. Thibaudat - 7 décembre 2011

Ils s'appellent Corinne Miret et Stéphane Olry et ce sont les cofondateurs de La Revue Eclair. Ce n'est pas une revue et ce qu'ils font est souvent fondé non sur la vitesse de l'éclair mais sur le temps côté lent. Ce sont des curieux, des baguenaudeurs ainsi que le montre leur dernière aventure : « les arpenteurs ».

Un cabinet de curiosités

Si La Revue Eclair était une revue cela serait une revue de voyage dont Xavier de Maistre (l'inventeur du « voyage autour de ma chambre ») serait un des parrains, l'IGN (et ses célèbres cartes) un des sponsors et l'inattendu le principe de leurs itinéraires. Mais ce n'est pas une revue. C'est, semble-t-il, une compagnie théâtrale doublée d'un insatiable cabinet de curiosités.

Un de leurs anciens spectacles « Nous avons fait un bon voyage mais » partait d'un texte lu au dos d'une vieille carte postale. Dans le récent « Voyage en hiver » dont on a parlé ici, Corine Miret racontait comme elle était devenue étrangère dans le nord de la France et évoquait les personnes qu'elle y avait rencontrées et Stéphane Olry racontait comme lui et Corine avaient décidé de ne plus vivre ensemble.

Un art du vagabondage

Ce qu'il a de bien dans leurs spectacles c'est qu'une histoire en cache toujours une autre que cette dernière rebondit ailleurs. Bref ils signent des spectacles où tout vagabonde. A commencer par l'imagination dont c'est la spécialité. In fine Stéphane Olry écrit et met en scène et on se demande bien où il va chercher tout ça

Ce qu'il a de bien aussi à la Revue Eclair c'est que les deux têtes fouineuses que restent Corine Miret et Stéphane Olry (ils continuent à faire des spectacles ensemble) ne se ressemblent pas. Elle est docteur en pharmacie, danseuse, comédienne et déterminée. Il est autodidacte, a fondé à 18 ans une première compagnie de théâtre, danse d'un pied sur l'autre sans pour autant être danseur et il est plus clown rentré qu'acteur fort en gueule. Elle voyage et danse seule. Il aime la compagnie et pour la première fois de sa vie, à 46 ans, a voyagé seul en allant à Barcelone sur les traces du méridien de Paris.

Les premiers arpenteurs du méridien de Paris...

C'est là le point de départ de ce qui allait devenir le spectacle « Les arpenteurs ». En 1793 la République française a définit le mètre étalon comme mesure universelle d'après la mesure du méridien de Paris. Encore fallait-il que ce dernier soit mesuré, ce fut l'affaire l'année précédente des dénommés Delambre et Méchain, l'un parti de Dunkerque et l'autre de Barcelone. (Depuis le méridien de Greenwich a remplacé notre infortuné méridien dont les premiers calculs étaient d'ailleurs faux)

Outre l'histoire rocambolesque et tragi-comique de Delambre et Méchain, le spectacle raconte à sa manière (elliptique, ironique, détournée) les « més(aventures) des sept arpenteurs que Corine Miret et Stéphane Olry ont missionné tout au long du méridien. Sept marcheurs (dont un, ayant mal à un genou, a voyagé en camping car et un autre fait littéralement du sur place).

...Et les sept derniers arpenteurs

*Deux marcheurs sont présents dans le spectacle, Olry (qui est allé à Barcelone) et le compositeur Jean-Christophe Marti qui a arpenté les forêts de la Creuse et de l'Allier. Les autres - l'architecte Loïc Julienne, le mathématicien Kenji Lefèvre-Hasegawa, le promeneur professionnel Hendrik Sturm, le comédien Hervé Falloux et l'auteur-metteur en scène Nicolas Kerszenbaum- traversent plus ou moins le spectacle mais leurs récits souvent surprenants sont publiés intégralement sur le site de la compagnie.

Corinne Miret qui a organisé tous les voyages est là comme comédienne. Sont également présent deux excellents comédiens Pascal Onhovère et Magali Montoya. Cette dernière, à la nature comique insoupçonnée, excelle dans l'interprétation d'un écureuil. Pourquoi un écureuil ? Parce que Marti dans son arpentage en forêt en a vu un tomber d'un arbre et a enregistré le bruit de sa chute. L'écureuil dont le boulot est de ramasser des noisettes demande des droits d'auteurs ou à tout le moins d'être payé en noisettes.

Où un écureil nous casse ses noisettes

Pas prévu au départ l'écureuil s'est imposé comme d'autres invités surprises, ce sont là les imprévus conjugués du voyage et de l'écriture qui scellent les moments de ravissement.

Les intrus pullulent.Tout le monde a son mot à dire y compris une piste d'atterrissage d'une base aérienne désaffectée (située sur la ligne du méridien) qui raconte son harassante vie.

Chemin faisant Olry relate aussi son chemin de croix de chef malgré lui, entre autres les visistes aux différents directeurs de théâtre et autres châtelains qu'il rencontre pour monter la production. Bref, dans “ Les arpenteurs ”, on passe du coq à l'âne, la distance entre les deux animaux résumant la méthode de Miret et Olry pour mesurer leur propre méridien.

Le gout des annexes et des appendices

Au théâtre le meilleur c'est ce que l'on ne voit pas : le temps du travail des répétitions fait d'errance, de doute, de fausses bonnes idées et de lueurs soudaines, de trouvailles insensées. Les bons spectacles en gardent la trace, mais souvent on rabotte les angles, on coupe les appendices, les annexes. La Revue Eclair garde toute. Car cherche à maintenir cette atmosphère du travail dans le spectacle lui-même.

Présentement, La revue Eclair ne fait pas le compte rendu des voyages des arpenteurs (ceux d'hier comme ceux d'aujourd'hui) mais les met en scène de façon dérivée en en prolongeant le mouvement imprévisible et en narrant les rencontres inattendues qui les ont ponctués ou qu'ils ont suscité. On l'aura compris ce spectacle est comme le récit de chaque arpenteur : un drôle d'aventure.

 



Telerama - Emmanuelle Bouchez 17 décembre 2011

Architecte, musicien... ont arpenté le méridien de Paris. Et la pièce se monte, sous nos yeux.
3

Il faut toujours qu'ils aillent chercher ailleurs la raison de faire du théâtre. Et cela passe par la collecte d'objets, d'informations ou de sensations, ce qui fait parfois d'eux des « ethnologues » du monde qui les entoure. Leur premier spectacle avait été écrit en 1999 à partir d'un stock de cartes postales. Corine Miret et Stéphane Olry, fondateurs d'une compagnie à l'air savant - La Revue Eclair -, ne semblent tenir à la scène qu'à la condition d'avoir repéré ou vécu quelque chose en dehors, dans la vraie vie. Au point de transformer leur propre rupture amoureuse en expérience théâtrale... Pour leur avant-dernier spectacle, en 2008, Corinne Miret avait choisi au hasard une bourgade de l'Artois où elle avait séjourné, anonyme et seule, quatre semaines durant. De ses états d'âme et expériences recueillis à travers des enregistrements quotidiens adressés à Stépha­ne Olry, elle avait fait la chair d'Un voyage d'hiver. Sur scène, des petites maisons en carton-pâte figuraient le cadre de ses allées et venues, puis le plan du village et, finalement, la trame subtile des relations sociales.

Avec Les Arpenteurs, Miret et Olry - qui travaillent toujours ensemble - ont élargi leur cer­cle de collecteurs et l'ampleur du territoire à explorer. Mais ils ont gardé leur esthétique bricolée de cartons et de bouts de tissu. Ce décor naïf contrebalance à bon escient leurs ambitions conceptuelles : envoyer sept « arpenteurs » - comédien, architecte, mathématicien, plasticien-promeneur, musicien... - suivre des segments du méridien de Paris et revenir avec un bagage d'émotions et de rencontres.

A partir de ces récits, le grand ordonnateur Stéphane Olry élabore la création presque sous nos yeux, puisqu'il ne nous épargne aucune de ses difficultés de production, égratignant au passage les « barons de la culture » ou autres distributeurs de la subvention publique aux artistes. Parmi les arpenteurs, seul le musicien collecteur de sons (aboiements, ululements de chouettes ou hurlements de... grand-mère dans la nuit creusoise) débarque sur les planches. La parole des autres est interprétée par des acteurs, sérieusement burlesques, tous à la hauteur.

Autre sillon creusé par ce spectacle multipiste : l'aventure des astronomes de la Révolution française, Pierre Méchain et Jean-Baptiste Joseph Delambre, partis en mission en 1792 pour mesurer le fameux méridien, afin d'en déduire la taille du mètre étalon. Si l'ex­pé­dition a mené Méchain jusqu'aux rives de la fo­lie, les arpenteurs d'aujourd'hui ont gardé, eux, leurs sens aux aguets et relevé les moindres détails.

L'exploration de la zone périurbaine du Val d'Orge se révèle particulièrement cocasse, entre champs, base aérienne désaffectée, rocades et écosite. Une vision accélérée des mutations du paysage (et de la société) qui repousse aussi de manière vivifiante les frontières du possible au théâtre.

 

SNES INFO-Francis Dubois- 7 décembre 2011

"Les Arpenteurs", conception, texte et mise en scène Stéphane Olry

En 1792, deux astronomes se rendent sur le méridien de Paris. Leur mission, l’un parti du nord de la France et l’autre de Barcelone, est, à partir de calculs savants mais néanmoins aléatoires, de définir le mètre universel. Leur parcours semé d’embûches se soldera par un échec puisque leur calcul du mètre-étalon se révélera faux.

De juillet 2009 à janvier 2011, Stéphane Olry et sa complice Corinne Miret ont eu l’idée d’envoyer six personnes parmi lesquelles un comédien, un mathématicien, un simple promeneur, un metteur en scène, un architecte et un compositeur sur les traces des deux astronomes. Chacun d’eux a choisi son mode d’hébergement, son rythme, un objectif précis ou fait le choix de se laisser aller au hasard des paysages et des rencontres. Le seul impératif étant de coller le plus possible au méridien.

Début 2011, de retour de leur périple au cours duquel ils ont découverts des lieux insolites, rencontré des gens de tout crin, buté sur des obstacles et connu toutes sortes d’aventures, Stéphane Olry a regroupé les comptes rendus des arpenteurs et, à partir de leurs témoignages écrits, filmés ou enregistrés, il a imaginé le spectacle qui se donne actuellement sur le plateau de la grande salle du théâtre de l’Aquarium. Le travail qu’a tiré Stéphane Olry de cette expérience pour le moins originale, a donné lieu à une vraie œuvre de création à la fois sérieuse, rigoureuse et complètement débridée mêlant à la fois les péripéties récentes des arpenteurs à celles des géomètres révolutionnaires.

Si le début du spectacle déconcerte, sans doute à cause de l’originalité de la démarche, il séduit de plus en plus jusqu’à devenir jubilatoire et complètement passionnant.

Le charme de la forme est dans les ruptures de ton, dans le large éventail des rencontres et des aventures vécues, dans la diversité des séquences. On va de la rencontre avec les immigrés provenant des pays traversés par le même méridien – Espagne, Algérie, Mali, Bénin - à celle du compositeur enregistrant de nuit les cris d’animaux dans les forêts de la Creuse et de l’Allier, avec un écureuil procédurier qui demande des dommages et intérêts pour avoir été dérangé dans son sommeil et chuté d’un arbre ...

Les mises en scène de Stéphane Olry sont, à chaque fois, des défis. Celle-ci qui va de la relation prosaïque proche du compte rendu à la narration de rêves et à l’apparition de personnages inattendus comme le mirabellier de bord de route, le fantôme du père ou le fameux écureuil grincheux, est solidement construite…

Il faut aller voir ce spectacle, patienter une petite demi-heure et se laisser porter ensuite. On ne regrettera pas son voyage en navette jusqu’à la Cartoucherie.

 

Mouvement - Mathilde Bardou - Mars 2012

Tout parle
Dans Les Arpenteurs, la Revue Eclair capte et restitue les mots du monde.

Lorsque l'on raconte ce que l'on vit, certaines paroles restent et d'autres s'oublient. Comme dans un conte qui de bouche en bouche se renouvelle sans cesse. Le travail de Stéphane Olry et Corine Miret, fondateurs de la compagnie la Revue Eclair, naît des récits d'histoires vécues. De ces récits distanciés du réel sourd l'écriture d'une pièce de théâtre. Tantôt sous forme de lectures, de « conférences » ou de spectacles, elle permet de tisser un autre lien entre le spectateur et le comédien.
Leur dernière pièce, Les Arpenteurs, ne transmet aucun message en particulier. Pourtant, cette démarche de transmission, de circulation de la parole soutient une charge politique. Les arpenteurs de la Revue Eclair ont chacun voyagé, sur une distance variable, le long du méridien de Paris. De Dunkerque à Barcelone, ils ont fait de multiples rencontres, appréhendés de multiples lieux, faisant face en solitaires à des environnements inconnus. Leur position active sur le méridien a donné matière à écriture. Du journal tenu par Stéphane Olry et de leurs comptes-rendus est né le spectacle Les Arpenteurs. De cet itinéraire, ils font surgir le désir irrépressible de prise de parole de tous les éléments qui le composent : le capitaine de l'armée de l'air, les axes routiers, le budget, les déchets, les véhicules poubelles alimentés au gaz de récupération, le chœur des gargouilles... Ils descendent dans la rue, ils descendent dans le théâtre, criant tous ce qu'ils ont à dire, avec une envie qui semble ne pas pouvoir se contenir. Avec les mots de tous, les phrases de chacun manifestent le besoin vital d'être entendu, de parler, de transmettre. Ils parlent tous parce que c'est bien ce que le théâtre permet de faire. C'est peut-être même son rôle, prendre la parole pour la laisser et la donner au spectateur. Permettre d'ouvrir une parole possible.