Instructions à l'imbécile

Créées en janvier 2008 à l'occasion des Week-end d'expansion de l'Échangeur, Les instructions à l'imbécile sont le fruit d'une collaboration entre Stéphane Olry (Texte) et Didier Petit (Violoncelle).

Elles ont été reprise en mars 2008 au Château de la Roche-Guyon dans le cadre de La Revue Éclair N°20, puis au cours de la semaine consacrée au Musiques improvisées Wormholes 2 à l'Échangeur.

Les instructions à l'imbécile durent 12 minutes. Elles seront suivi du Rythme discontinu des amours clandestines, autre forme brèves des mêmes auteurs de 3 minutes.

 

 

Instructions à l’imbécile (texte)

(cloche + thème entrée voix Stéphane sur chant)
Vous êtes un propre à rien. Vous savez rien faire. Votre emploi ici c’est passer la serpillière.
Quand y se passe rien ici, pour pas que les gens s’ennuient, moi, je vous attrape dans le couloir. D’un coup de pied au cul je vous balance dans la salle. Allez Monsieur, faire rigoler les gens. Allez Monsieur, allez leur racontez une petite blague.
Seul devant les gens, vous savez pas quoi faire. Normal, vous savez rien faire. Aucun talent, aucun diplôme, aucun métier. Mais une petite blague à la con, tout le monde en connaît au moins une.
(cello. parlé)
Vous dîtes rien. Déjà, les gens rigolent. C’est comme ça. Quand vous savez pas quoi faire, les gens rigolent. C’est ça votre boulot. Faire rigoler les gens. Bon, ça vient cette petite blague ? Ils ont rigolé ? Ça vous surprend ? Ça vous fait mal ? Ben oui, la première fois, ça surprend, ça fait mal d’être rigolo. Après, on s’y fait. Après, on y prend goût.
Y rigolent encore? Super. Continuez.


Dîtes donc, quoi qui se passe dans la salle, là ? Les gens, ça fait quelques minutes qu’ils rigolent plus. Vous répétez votre blague, et les gens y vous regardent en silence. Il disent quoi les gens, là ? Que vous êtes un génie ou que vous êtes une merde ? ben oui, il disent ça les gens. Vous les emmerdez les gens. Et moi, si vous emmerdez les gens, je vous vire.
(cloche + chant)
Excusez-vous. Dîtes : « je vous prie de m’excuser » à tous ces gens qui ont payé leur place. Ah, tiens, ça rigole à nouveau. C’est comme ça qu’on vous aime. Continuez. Les gens ils aiment bien cette blague-là. Ils y en a qui ont fait : Ah ! Ah ! , vous refaites votre blague à la con, et maintenant, ils font : Ah ! Ah ! Ah !. (frottement crissement feux bois)
Descendez pas. Montez avec les gens. Montez le plus haut que vous pouvez. Y a pas de limite à la bêtise. Vous interdisez rien. Faîtes les pisser de rire. Vous arrêterez quand la salle sera pleine de pisse tellement qu’ils auront rigolé les gens. Vous sentez comme ils vous aiment les gens ? C’est bon un grand rire général ? Vous pourriez rester des heures à faire votre blague à la con ? C’est le plus grand plaisir au monde que vous connaîtrez, Monsieur. La plus grand jouissance que vous éprouverez, Monsieur. Y a pas mieux. Moi, tant que les gens rigolent, vous me voyez pas. Je reviendrai quand ça ira moins bien.
(Thème original. Didactique. Percussion.)
Écoutez. Ça rigole moins. Vous sentez ? Descendez d’un cran. Abandonnez pas les gens. Descendez doucement avec eux.
Non ! C’est quoi que vous avez fait ? Ils rigolent plus du tout. Vous avez commenté votre blague. Vous avez dit aux gens, vous êtes trop cons pour comprendre combien elle est subtile ma blague. Et vous croyez que ça leur fait plaisir aux gens de se faire traiter de con ? Qui c’est le con ici ? Oui, le con, ici, monsieur, c’est vous. Vous êtes un imbécile. Bon. Faut tout recommencer à zéro. Là, les gens, ils veulent plus vous voir. Là, les gens, ils veulent que pour sortiez. OK. Je vais vous virer. À cinq vous êtes dehors. (archet staccatoo) Réfléchissez pas. Prenez la première idée qui vous vient à la tête. C’est une idée idiote ? Ben, ça tombe bien, vous êtes un imbécile. Ah ! Il y en a un qui a rigolé. Ça vous fait du bien. Montrez leur au gens comme ça vous a fait du bien. Ils rigolent encore plus ? Super. Comprenez, ça, monsieur : les gens ils ne rigolent pas de votre blague. Ils rigolent de vous. Ils rigolent de combien vous êtes content de leur avoir fait plaisir. Laissez-moi vous dire un truc, Monsieur : tel que vous êtes, tout couillon et démuni, avec votre blague à la con, on vous aime. Vous inquiétez pas pour la blague. Vous la trouverez toujours. Vous aurez toujours une idée idiote puisque, Monsieur, comme je vous l’ai déjà dit, vous êtes un imbécile.
Vous êtes un imbécile, mais avec moi, vous deviendrez un imbécile heureux.
Vous êtes un perdant, mais avec moi, vous deviendrez un perdant content. (fouet) Alors, Monsieur, si je vous flanque une baffe et que les gens ils rigolent, vous me remercierez de vous en avoir flanqué une de baffe. C’est comme ça. Vous êtes un imbécile. Vous calculez rien. Vous avez rien dans votre tête. À l’intérieur de vous, vous avez que des émotions. Vous montrez au gens quoi qu’elles vous font les émotions et les gens, ils rigolent. Because, le gens ça les étonne de voir des émotions. Les gens, eux, y sont empêtrés avec leurs émotions. Y savent pas trop quoi faire, les gens, avec leurs émotions. Du coup, ils préfèrent pas trop les montrer leurs émotions. Mais vous, qu’êtes un pur imbécile, vous avez que ça les émotions. Alors, normal que vous vous y retrouviez un peu plus que les gens dans vos émotions. Et Normal aussi que les gens ils payent pour voir quoi que vous faites avec vos émotions.
(Pizzicati)
Vous regardez les gens travailler dans leurs bureaux. Vous regardez les gens consommer dans les supermarchés. Vous regardez les gens vivre derrière les vitres de leurs maisons. Vous, Monsieur, vous trouvez ça magnifique la vie des gens. Vous aussi, Monsieur, vous préparez des barbecues, vous conduisez un camion-grue, vous tapez sur un clavier d’ordinateur. Et vous échouez toujours puisque, heureusement pour vous ! Monsieur, vous êtes un imbécile.
(Silence)
(Chanson :
Un imbécile, un imbécile heureux !)



Le rythme discontinu des amours clandestines (texte)

Je suis invisible. Je rôde dans la maison de la famille, mais nul ne le sait, hormis l’intéressée. J’occupe ses pensées, je modifie ses humeurs. Je marque son corps du souvenir de nos caresses. Je modifie ses emplois du temps, et l’organisation de ses loisirs, de ces vacances comme celles de sa famille.
Je suis invisible. Si demain, l’intéressée a un accident , j’en serai le dernier informé. Tout se décide hors de moi. Pour l’intéressée je ne me matérialise que quelques heures par mois. Et pour l’autre, pour leurs enfants, pour leurs amis, je n’existe pas. Je rôde. J’observe. J’existe à mon rythme. Au rythme de l’intéressée. À notre rythme, au rythme discontinu de la clandestinité.


Mots-clés: Productions