Interviews à propos des Habitants du bois

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Entretiens avec Corine Miret lors de la création des Habitants du bois, chroniques fantasques du bois de Vincennes, réalisés lors de la création du feuilleton en avril 2017 au Théâtre de l'Aquarium


 SCENEWEB.FR - L’ACTUALITÉ DU SPECTACLE VIVANT- ADRIEN VOLLE
La Revue Éclair (Corine Miret et Stéphane Olry) est en résidence au Théâtre de l’Aquarium depuis 2014. Leur nouvelle création, « Les Habitants du bois » a vu le jour fin avril. Cette suite de chroniques raconte, à chaque représentation, les étapes d’une insurrection utopique inspirées à partir de rencontres faites dans le bois de Vincennes. Corine Miret revient sur quelques étapes de ce travail.


- Vous montrez actuellement, au Théâtre de l’Aquarium, « Les Habitants du bois », un spectacle différent chaque jour. Quel est cet étrange projet ?

- Le cœur de cette création est l’exploration du bois de Vincennes par quatre artistes. Johnny Lebigot, plasticien, Jean-Christophe Marty, compositeur, stéphane Olry, auteur et moi même, danseuse et comédienne. Lorsqu’il y a trois ans, François Rancillac a proposé à La Revue Éclair d’être associée au Théâtre de l’Aquarium, on a voulu relier le lieu à son environnement. L’Aquarium est au cœur de la Cartoucherie, la Cartoucherie est au cœur du bois de Vincennes, c’est donc le bois de Vincennes qu’on a voulu explorer et amener sur scène. À l’Aquarium, il y a un studio où l’on peut loger, donc on a habité là à tour de rôle pendant trois mois, le temps d’une saison, pour explorer chacun à sa manière le bois de Vincennes. « Les Habitants du bois » naissent de ces quatre habitations. Mais tout ce qu’on a vu est tellement vaste, tellement énorme qu’on s’est dit qu’on pouvait pas résumer tout cela en un spectacle. Donc on a construit une suite de chroniques autour d’une insurrection utopique inventée par stéphane Olry.


- Donc vous êtes dans la fiction et non pas dans un théâtre documentaire.


- On assume complètement la fiction. sous la plume de stéphane, on fait de ce bois une forêt de sherwood. Un lieu où se rassemblent tous les insurgés qui ont envie de changer le monde. L’histoire débute en mai 2017, après la présidentielle. Donc c’est une utopie très proche. La première chronique débute avec Raymond Domenech, nommé Ministre des sports et de la Culture, qui raconte son projet de fusion de La Cartoucherie et de l’INseP en un « Olympole ».


- Comment avez-vous réussi à assembler vos explorations respectives ?


- Nos explorations coexistent plus qu’elles ne s’assemblent. Johnny Lebigot est plasticien, donc ses œuvres sont sur scène. Il a aussi fabriqué des coiffes qui rendent compte que nous sommes des habitants du bois. Jean-Christophe Marty a composé un « drag requiem » lors d’une précédente exploration au bois de Boulogne, il l’a réajusté ici avec d’autres chanteurs dans son « chœur d’aventure ». Il a également composé des chansons pour certaines chroniques. J’ai moi- même créé des danses dans lesquelles j’intègre les spectateurs et stéphane Olry a écrit des textes qui sont dits ou lus. Le public est sollicité à chaque chronique. La création n’est pas figée, elle est ouverte comme l’est ce bois, si vaste.


- Vous ne trouvez pas cela dommage de jouer seulement dix fois un spectacle qui vous a pris tant de temps à concevoir ?


- Il n’en restera rien, mais en même temps, c’est cela le bois ! Tout bouge en permanence, on aimerait pouvoir figer les choses comme Claire simon a pu le faire dans son très beau film sur le bois de Vincennes, « Le bois dont les rêves sont faits ». Pour elle, les traces des rencontres restent. Nous, on assume que seuls resteront les souvenirs dans la tête des spectateurs.


- Qui avez-vous rencontré dans ce bois ?


- ohnny Lebigot a rencontré beaucoup de forestiers car, dans le bois, il est interdit de cueillir, de glaner ou de ramasser des choses. Donc il a fallu demander aux forestiers s’il pouvaient prendre des chutes, des branches, pour faire ses sculptures. Il a tourné avec eux, référencé les différentes essences, il a compté les renards... Moi, j’ai essayé d’aller dans tous les lieux que l’on pense fermés. Par exemple à l’INseP (Institut du sport, de l’expertise et de la performance) où j’ai rencontré des sportifs, des enseignants et le personnel qui s’occupe de la médiathèque. J’ai rencontré, dans le bois, des gens qui se promènent le jour ou la nuit. J’ai observé, car je n’interromps pas les personnes que je peux croiser. Je ne vais pas les voir en cherchant à entrer en contact avec eux, en leur expliquant que je fais un spectacle. J’attends, et si la rencontre se fait, tant mieux ! Dans le bois de Vincennes, des mondes parallèles cohabitent. De ceux qui vivent très discrètement dans des tentes, des prostituées avec les clients, les joueurs de boules, les promeneurs de chiens... Peut-être est-ce ce que l’on veut faire sentir dans ces chroniques, que le bois est bien plus ouvert que l’on ne le pense...
Hadrien VOLLE 29/04/2017


 LA TERRASSE - Propos recueillis par Eric Demey 27 mars 2017
Comme à leur habitude, Corine Miret et Stéphane Olry ont pensé une forme qui sort des sentiers battus et empruntent, cette fois, ceux du bois de Vincennes, à la rencontre de leurs multiples habitants.

- Quelle est la genèse de ce projet ?


Corine Miret : Comme nous sommes artistes associés au Théâtre de l’Aquarium, en plein cœur du Bois de Vincennes, nous avons proposé à son directeur, François Rancillac, de partir explorer le Bois. Quatre artistes, Johnny Lebigot, qui est plasticien, Jean-Christophe Marti, musicien, stéphane Olry, auteur, et moi-même avons donc habité chacun une saison dans le studio qui est dans le théâtre et sommes partis à la rencontre des nombreux habitants du bois.


- Comment fait-on un spectacle à partir de là ?


C.M. : A chaque début de saison, l’artiste qui s’installait faisait une crémaillère. et à la fin de sa résidence, il proposait une présentation du résultat de son travail. Johnny Lebigot aime glaner et a créé une installation. Jean-Christophe Marti a convié qui le voulait à venir parti- ciper à des chœurs autour de la composition d’un “drag requiem’’. Pour ma part, j’ai invité les gens rencontrés lors de mes rondes à partir sur les traces des Willis, ces jeunes femmes mortes issues de la littérature romantique et des ballets classiques, et qui hantent le Bois la nuit. Quant à stéphane Olry, il a écrit sept chroniques très différentes, une fantasmagorie de ce qu’aurait pu devenir le Bois de Vincennes, une ZAD (zone à défendre), terreau de la révolution.


-« Ce qui nous guide dans notre théâtre, c’est le plaisir de la rencontre. » Comment cela va-t-il se croiser pour les représentations ?


C.M. : Le théâtre sera envahi par les installations de John, on écoutera les chœurs de Jean- Christophe et nous danserons des rondes, le tout en lisant des chroniques de stéphane. Les spectateurs sont invités à participer à l’aventure. L’idée, c’est que le bois vienne dans le théâtre, avec sa dimension fantasmagorique, et qu’on ne sache pas à chaque fois ce que va être exactement le spectacle. Ce qui nous guide dans notre théâtre, c’est le plaisir de la rencontre avec le spectateur et avec d’autres artistes. Le théâtre, c’est avant tout un rendez- vous.


Propos recueillis par Eric Demey 27 mars 2017, n°253