Revue de presse Les Habitants du bois

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THÉÂTRE ACTU, LE SITE DE LA CRITIQUE THÉÂTRALE

Au bois, quatre éclaireurs inspirés préservent le territoire de nos rêves
La Revue Éclair poursuit ses aventures théâtrales, des propositions originales de Corine Miret (danseuse et comédienne) et stéphane Olry (auteur), les fondateurs. Ils ont exploré le bois de Vincennes de décembre 2014 à aujourd’hui avec deux invités : Johnny Lebigot plasticien, codirecteur du théâtre l’Échangeur à Bagnolet et Jean-Christophe Marti compositeur. Chaque artiste est venu s’installer une saison au studio du théâtre de l’Aquarium, en immersion dans le bois, lieu peuplé et contrasté à l’écart de la ville, de ses repères et ainsi porter un nouveau regard sur la société actuelle.
Un théâtre inversé, scènes sylvestres à la découverte de multiples habitants : arbres, oiseaux, abeilles et forestiers, sportifs, prostitué(e)s, garde républicaine, promeneurs, sans-abris... aux histoires infinies, tendres, clandestines. Dans la profondeur de la nuit, la fraîcheur matinale et les journées criardes ou solitaires, arpenter ces lieux plein de secrets, de souvenirs et d’utopies est un voyage du corps et de l’esprit, un partage jouissif en communion avec la nature. explorateurs, veilleurs de nuit et porteurs d’histoires, les artistes ont animé des rendez-vous publics (promenades, lectures, performances...), marqué leur arrivée par des Crémaillères et présenté leurs travaux dans des Au-revoir festifs. sept chroniques autonomes et polymorphes, Les habitants du bois sont alors nées au gré de leurs envies et inspirations, chacun dans leur art. Fiction insolite au théâtre de l’Aquarium où la vie du bois et le bois sont magnifiés par une installation végétale et organique, un décor propice aux rêves.
sous un lustre d’arbres inversés, les quatre artistes, parés de coiffes à plumes nous accueillent pour la Chronique n°3 : « l’extension du domaine de la lutte ». Á l’automne 2017, le nouveau gouvernement veut fusionner la Cartoucherie et l’Insep centre d’excellence du sport en un espace de loisir et d’excellence : l’Olympôle. La grande révolte du bois de Vincennes gronde, et l’occupation de la Cartoucherie par une bande d’insurgés est imminente. Conférence sur l’histoire du bois de Vincennes, manifestations, discours de Assane Timbo aux Debouts/Payés, enquête, vidéos et chants, le rythme n’est pas soutenu mais les propositions nombreuses, intéressantes et drôles. Johnny Lebigot, tel un orfèvre, a glané dans le gisement inépuisable du bois mousses, insectes, plumes, herbes, os, branches... pour la création de ses œuvres, une maquette végétale du bois de Vincennes d’une rare précision, une table monumentale surplombée d’une buse qui sert le face à face entre Assane Timbo et François Rancillac, directeur du Théâtre de l’Aquarium dans son propre rôle.
Cette création est une prise de conscience de nos espaces naturels, des transformations qui peuvent l’altérer. Les spectateurs placés en tri-frontal autour de la scène sont conviés à participer (tracts, écritures, chants Choeur d’Aventure) et à réagir pour envisager d’autres possibles. La mise en scène place les artistes en gardiens et défenseurs du territoire et leur art apportent un éclairage plein d’humanité entre ombres et lumières. Images, observations et témoignages ont été consignés dans un blog et filmés par Cécile saint-Paul. Des combats qui en rappellent d’autres bien réels, ceux des défenseurs des serres d’Auteuil menacées de destruction par l’extension de Roland-Garros, ceux des tribus de la vallée de l’Omo en Éthiopie menacées d’extinction par un barrage géant. Ces hommes aux parures naturelles magnifiques ont été immortalisés par Hans Silvester. Un spectacle en 7 épisodes avec une journée rétrospective, un voyage initiatique tout en poésie.
Paula Gomes 2/05/2017

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