Interview de A, (boxeuse)

A. participe à notre Cercle d'amateurs de sports de combat. Comédienne, elle a utilisé son art pugilistique dans un récent spectacle consacré à Mohammed Ali. C'est son expérience de boxeur femme qui nous intriguait, ainsi que son rapport à la fois distant et impliqué dans la question de la violence, du sens que ça a de recevoir et donner des coups. Elle avait des formules étranges, comme "Les bleus sur le corps, c'est le salaire du travail dans le gymnase". Il nous semblait donc pertinent d'inaugurer notre enquête aprés des combattants par son témoignage, comme le signe de piste à l'orée d'un sentier, signalant la direction que nous souhaitons suivre dans cette enquête.

boxeuse dossounilpoursite

A***, 22 avril 2015

Mon premier combat, c’était avec mon frère. Je ne sais pas ce que je lui avais fait. Il était là, face à moi, et il m’a donné un coup de poing. Je me souviens de son état. Il était hors de lui. Dans un état d’angoisse total. J’ai du avoir été très chiante. Il avait rien trouvé d’autre que de me donner un coup de poing. Il n’a pas pu trouver un autre langage. Je ne lui en ai pas voulu.

L’autre combat, le combat suivant, c’est le jour où j’ai vu ma mère avec son visage tuméfié. A cause de mon père. À l’école, quand ma mère venait nous chercher, les autres enfants, les parents d’élèves, ils le voyaient tous qu’elle avait le visage tuméfié. La première fois que je l’ai vu comme ça ma mère, c’était un matin. La deuxième fois, j’ai senti le coup venir. Je me suis interposée ; C’était une question de vie ou de mort. Il fallait que je m’interpose devant mon père. Ensuite, j’ai passé ma vie à m’interposer. Dés que je sentais qu’un combat allait commencer dans la cours du collège, mon corps se levait. C’était plus fort que moi. Durant les grèves à la fac, sitôt que les flics rappliquaient, je me mettais devant. Je me battais pas. Je m’interposais. Pour dire, ça suffit.

Une fois, au collège, j’ai mis une claque à un garçon. Un garçon qui faisait chier. Il faisait chier tout le monde ce type. J’ai demandé à la pionne  si je pouvais le gifler. La pionne elle m’a dit oui. Alors, je lui ai mis une claque au type. Je m’en suis beaucoup voulu. Je me rappelle plus de son nom à ce type.

Dés que je sentais de la violence, soit je mettais le holà, soit je m’enfuyais. Je m’enfuyais si je pouvais. Je me souviens de situations où c’était pas possible. Au hand-ball, une fois, j’étais dans les buts, les filles se sont toutes liguées contre moi. Elles prenaient les ballons et me les balançaient au visage en gueulant « Tiens, prends ça dans la gueule, grosse pute ».

La seule fois où un homme a eu un geste violent à mon égard, je l’ai regardé, et je lui ai dit : tu ne me toucheras plus jamais. C’était mon copain. De fait, je ne lui plus jamais laissé ni me caresser, ni me toucher, rien. On s’est séparé deux mois après. Il m’avait poussé très fort du trottoir. J’étais tombé sur la route. Je me suis relevée, je lui ai dit, tu ne me toucheras plus jamais.

Oui, j’ai eu très souvent envie de casser la gueule à des gens. Mais je ne l’ai jamais fait. Hors du ring, je n’ai jamais frappé personne.

La première fois que j’ai vu de la boxe, c’était à la télé. J’étais encore une petite fille. Tout c’est fait en journée. Enfin, c’est comme ça que je m’en rappelle. Ma mythologie, c’est ce jour-là, l’après-midi j’avais regardé Sissi à la télé. Ensuite, mon frère m’a passé le DVD de Rocky. Et le soir, on a regardé un match de catch. Non, il n’y a pas d’intrus dans l’affaire. Sissi c’est une femme qui passe son temps à se battre. Rocky, bon c’est Rocky. Le combat de catch, un des catcheurs avait une énorme cicatrice sur la poitrine. Son adversaire lui sautait depuis les cordes sur son ventre, et le ventre explosait. C’était très impressionnant. J’avais huit ou neuf ans. C’était à la télé. C’était la période de Noël. Souvent on passe Sissi à ces époques-là.

Ado, j’ai dit à ma mère : je veux faire de la boxe. Et je lui ai dit aussi à ma mère : je veux faire du théâtre. Ma mère m’a répondu : « tu ne pourras pas faire les deux. » J’ai fait du théâtre. Après, j’ai vu tous les Rockys. Et puis un jour « Millions dollars baby ». Je me suis dit « vraiment les filles elles peuvent faire de la boxe ».

La première fois que je suis entré dans une salle de boxe, j’étais dans un épisode de dépression profonde. Je suis allé voir un copain qui jouait dans un concert. Et ce pote après le concert, me raconte que son père avait une salle de boxe. Il me donne le numéro de téléphone de son père et me dit : vas-y. C’était en plein été. Et moi, j’étais donc en profonde dépression. Il me semblait que je n’allais jamais m’en remettre. Ma mère est venue à Paris. Je me tenais à côté d’elle. Je lui agrippais le bras. Là je touchais le fond de l’angoisse. J’avais l’impression que ce coup-là, jamais j’allais m’en remettre. Le lendemain, je vais à la salle de boxe. Pour y aller, il fallait que je sois allée très loin, très loin dans mon incapacité à vivre. C’était très nécessaire. J’avais peur en y allant.

Je suis entrée dans la salle de boxe. J’ai adoré l’odeur. Je me suis senti bien. On a commencé par un échauffement. Ensuite, deux par deux, des séries de directs. Des enchainements. Et puis de la corde à sauter. Et enfin un petit assaut. Tout me plaisait. Ça me plaisait de faire un assaut si vite. J’aimais que le coach me dise : fais ci, fais ça. J’avais juste à faire bien ce qu’on me disait de faire. J’adorais obéir. J’avais plus à penser. On te donne pas mal d’ordres à la boxe. C’est reposant. C’était un bon échappatoire pour moi. Faire cinq cents abdos en cinq minutes, j’adore. Mais toute seule, j’en suis pas capable. Dans la salle de boxe, il n’y avait pas d’autres filles. J’ai souvent des problèmes avec les filles. Avec les boxeurs, j’avais pas de problème. J’avais juste à travailler pour être prise au sérieux. C’était très dur physiquement. Mais, ça, ça ne m’a jamais arrêté.

Dés la première séance, j’ai pris des coups. C’était pas un problème. Moralement, des coups j’en avais tellement reçu. Mais donner des coups, c’est ça qui était compliqué. Les coups, je les prenais, ça me dérangeait pas, j’encaissais. Le prof, il me disait : mais esquive, esquive !

Des coups j’en ai pris oui. Mais c’est surtout moi qui me les donnais. Je me suis longtemps mis des coups de poing dans la tronche à moi-même. J’ai commencé au lycée. J’ai continué jusqu’à vingt-deux ans. C’était quand je me prenais des crises d’angoisse. Alors, je me mettais dessus. Ça m’ouvrait des sens interdit. Ça m’aérait le cerveau. Ça mettait un terme à une crise. Ça ne se voyait pas, parce que je me tapais pas le visage. Je me tapais sur le crâne. Une fois pourtant, lors d’une crise vraiment forte, j’étais à l’École Nationale de Théâtre, je me suis frappé le visage. Je me suis fait un gros bleu. Les autres, ils me demandaient : comment tu t’es fait ça. Je leur répondais : je me suis cognée. Je ne mentais pas en répondant ça. Mais après, je ne me suis plus jamais frappée là où ça se voyait.

C’était le seul moyen que je trouvais pour aller mieux. Me foutre sur la gueule, c’était la technique que j’avais inventé pour arrêter la crise. Et puis les gens, ils ne savaient pas ce que je me faisais. Quand ça a commencé à se savoir, ça a été moins drôle pour moi.

La boxe, ça m’a fait arrêter de me battre moi-même.

A la boxe j’ai appris à donner des coups. A la boxe, j’ai arrêté de m’effacer. A la boxe, j’ai arrêté d’être un punching-ball. À la boxe, j’ai arrêté de prendre des coups pour rien.

Si je m’en suis sorti c’est une addition : Boxe + analyse + philosophie.

Chaque fois que je sortais de la salle de boxe, je marchais dans la rue, je me sentais comme quand je suis amoureuse. C’était comme si j’étais amoureuse de moi-même. J’étais avec moi-même. J’étais que avec moi. J’étais celle que j’avais envie d’être.

À la boxe, il y a une reconnaissance. Omar, un des coach, c’est un semi-pro. Un jour, il me dit : Viens, on va faire des assauts toi et moi. Là j’étais fier de combattre contre Omar. Je me suis sentie reconnue.

Je me suis sentie reconnue dans mon travail. On faisait des concours de corde à sauter. On appelait ça « les championnats du monde de corde à sauter ». Quinze minutes non stop. Celui qui touche la corde fait cinq pompes. Celui qui a fait le moins de pompes a gagné le championnat du monde. Un soir, j’ai gagné le championnat. Sur vingt-cinq hommes j’étais la meilleure. J’étais fière. C’est un endroit de gagne la boxe. Pourtant, moi, je ne suis pas une compétitrice dans l’âme. Mais sur le mental, l’endurance, je tiens.

Un soir, je me suis pris un gros coup. Je combattais avec Akiyo. Akiyo, il est petit, rapide, il est plus jeune que moi. On fait un test-combat. Je lui place un crochet du droit. J’étais tellement contente de parvenir à lui placer un crochet du droit ! Du coup, je sais pas pourquoi, j’ai baissé la garde. Et lui, il m’a mis un direct. Tout mon corps a vibré. Tout a vibré jusqu’aux os. J’avais baissé la garde. J’étais tellement contente d’avoir passé un crochet à Akiyo. Lui a du être vexé. N’empêche, je garde le bonheur d’avoir placé le crochet. Le direct, c’est le souvenir dans mon corps d’avoir placé un crochet à Akiyo. Du bonheur en boxe, j’en ai des tonnes.

La peur ? ce qui me fait peur, c’est d’être face à quelqu’un qui ne maitrise pas bien les choses. Un débutant par exemple. Ou un sournois. Quand j’ai peur, je ferme les yeux. C’est idiot. Il ne faut surtout pas fermer les yeux. Une fois, un type m’a d’abord mis un coup de boule, et puis un coup dans le plexus. Je lui ai dit : Ok, j’arrête avec toi. Oui, la peur, ce n’est pas de recevoir des coups, c’est de faire face à un adversaire qui n’est pas loyal.

Du coup, j’ai peur aussi de ne pas être au niveau face à mon adversaire. De ne pas être un adversaire digne de lui.

C’est un lieu de solidarité avec les hommes. Une fois, un type avec qui je combattais n’arrêtait pas de me faire des commentaires mysogines. C’était la première fois qu’il venait. Je bouillais en sortant du ring. Je suis allé voir les potes. Je leur ai dit : avec celui-là, c’est pas possible. ça va pas aller. Omar, lui a dit, viens. Il a fait un assaut avec lui. Le type a ramassé. Il est jamais revenu.

C’est un lieu où je peux demander à être défendue. C’est un lieu de grande douceur. Il y a beaucoup de douceur chez les boxeurs. Les boxeurs, ils n’ont pas peur de la vie. C’est très rassurant.

Omar m’a fait des fois des confidences qu’un homme ne fait jamais à une femme. Même rarement entre hommes.

Les boxeurs sont très soucieux les uns des autres. Une fois qu’on est dans la famille, on est dans la famille.

La douleur ? Ma plus grande douleur à la boxe, c’est le jour où j’ai appris que je ne pourrai pas faire de compétition. Ça a été une souffrance énorme. Ça faisait un an que je me préparais. J’allais à la salle tous les jours. Les coaches m’avaient préparé un entrainement particulier. C’est très rare. Si les coaches font ça, c’est qu’ils savent que tu peux. Donc, comme j’étais en boxe éducative, pour la compétition, je devais passer en boxe amateur. Pour ce faire, il y a une visite médicale obligatoire. Et aussi un examen ophtalmologique. Je suis myope. Je porte des lentilles. Et pour 0, 25 à l’œil droit j’ai eu une interdiction absolue. J’aurai pu magouiller. Dans ma catégorie, et avec un casque, la probabilité que je prenne un coup juste sur l’œil c’est très rare. Mais la boxe amateur, maintenant, c’est ultra sécurisé. Surtout pour les femmes. J’ai pleuré pendant une semaine.

Mon regret, c’est que j’aurais du commencer plus jeune. Avant, ma myopie était moins forte. Elle est restée stable de vingt à vingt-huit ans. Je m’étais préparé pendant un an. C’est ça que je voulais faire. Un vrai combat. Je bossais comme serveuse la journée. Tous les soirs, j’allais à la salle. Le théâtre, c’était devenu mineur. Je voulais éprouver la peur de monter sur le ring. Savoir comment je réagirais durant un vrai combat. J’avais pris du poids. J’avais cinq kilos pour faire le poids. J’avais changé mon alimentation. J’avais arrêté de fumer.

Après, j’ai continué à aller la salle. Et puis, j’ai arrêté. C’était trop triste. Je savais plus pourquoi j’y allais. C’est vrai aussi que dans ma vie j’avais commencé à me calmer. C’était plus aussi nécessaire pour moi d’aller à la salle.

Un jour, je me suis pointé à la répétition avec un bleu au visage. Pour moi, c’est pas grave. C’est cool d’avoir un bleu. Ma metteuse en scène m’a demandé de rester après la répétition. Elle m’a dit : Ça va pas. Ton visage. Tu dois rester belle. Moi, je lui ai répondu, je m’en fous : si on me casse le nez, on me casse le nez. C’est le jeu. Mais je ne cherche pas à ce qu’on me casse le nez. Mais oui, bon, ça peut arriver. C’est la vie. Quand j’ai reçu mon contrat, j’ai lu qu’entre autre activité, la boxe m’était interdite.

Et puis est arrivé le spectacle sur Mohammed Ali. Le combat du siècle contre Foreman à Kinshasa. Les répétitions, c’était aussi physique que des entrainements. C’est un spectacle où tout est chorégraphié. Ça me demandait une discipline très proche de l’entrainement de boxe. Tous les soirs, j’ai l’impression de le faire ce combat. C’est dur. Des soirs, je doute d’arriver à la fin.

Maintenant, je vais beaucoup moins à la salle. Par contre je vais voir les compets. Je vais y retourner à la salle. Je vais y aller beaucoup. Je vais y aller trois fois par semaine. Moins de trois fois par semaine, ça sert à rien. J’ai fait un stage de cascade : bizarrement, après, j’étais meilleure à la boxe.

J’ai besoin de boxer. En fait, j’ai besoin de bouger tout le temps. Quand j’étais petite, j’arrêtais pas de sauter dans tous les sens. Ma mère, elle me disait : arrête-toi de gigoter. Assieds-toi.

Maintenant, je suis plus calme. Du coup, j’esquive mieux. Je me prends beaucoup moins de coups. Et j’ai plus de confiance en moi. J’ai arrêté quatre ans, et quand je suis revenue j’avais pas perdu. Les coaches, ils mont dit :  à te voir comme ça, tu vas nous faire encore plus regretter que tu puisses pas faire de compets.

Maintenant, dans la salle, je ne suis plus la seule fille. Quand j’ai vu ça, ça me plaisait pas trop. La nouvelle fille, elle me toisait. Omar il nous a dit : vous allez faire un assaut toutes les deux. Au bout de deux rounds, la fille elle m’a dit : « Ah, oui. Tu boxes. ». C’est comme ça. Quand tu t’absentes et que tu reviens, il faut prouver à nouveau. Mais quand même, je me sens chez moi dans la salle.

Les filles, elles viennent s’entrainer, mais quand il s’agit de combattre, elle restent pas très longtemps. Pourtant s’entrainer avec des hommes, c’est vachement intéressant. Myriam Lamar, elle ne s’entrainait qu’avec des hommes. Pour elle, les femmes, c’était juste pour le combat.

Quand t’as des bleus, t’as une satisfaction. C’est concret. Ça se voit. Quand je me regarde dans la glace et que je vois mes bleus, je suis fière. C’est du travail. C’est la paye. Ouais, les bleus, c’est la paye. Une fois, j’ai pris un coup au foie qui m’a séché. J’ai senti la douleur deux jours durant. Mais j’ai appris. Après, j’ai fait en sorte qu’un coup comme ça au foie, ça ne m’arrive plus jamais. Les bleus, c’est traces des coups que j’ai reçu. Mais autour de ces traces, il y a le souvenir de tous les autres coups, ceux que j’ai esquivé, et ceux que j’ai donné. Et puis aucun de mes amis ne m’a jamais vu boxer. Les bleus ça atteste pour eux que c’est vrai. La boxe, c’est pas une histoire.

Quand je préparais mon premier combat, tous mes amis me disaient qu’ils allaient venir. Ils sentaient que c’était du sérieux. La boxe c’était pas un fantasme.

Donc avoir un bleu de façon consenti, dans un combat, un entrainement, ça n’a rien à voir avec ceux qu’avaient ma mère, ou ceux que je me faisais quand je me cognais. Les bleus que je porte maintenant, c’est des bleus joyeux.

Le théâtre et la boxe, pour moi, c’est très proche. Dans les deux cas, c’est de la répétition. C’est comment tu te dépasses ; comment tu te trompes ; comment il n’y a rien qui vient ; comment ça va très bien.

C’est aussi un rapport au partenaire. Quand je boxe, je ne suis pas seule. Ce qu’on me donne, il faut que je le rende. C’est le jeu. Tu rentres après une répétition avec le même sentiment qu’après un entrainement. Il y a un rapport au hasard, au destin. Des fois avant de monter sur scène, je sens que ça va pas aller. Des fois avant un combat, c’est la même chose. Et des fois, on est démenti. Finalement ça se passe au mieux. Ou alors, c’est l’inverse : tu te pointes arrogante, pleine de confiance, et sans savoir pourquoi ni comment direct au tapis.

Au théâtre, j’aime pas trop qu’on soit trop dirigiste avec moi. Mais sur la danse, le mouvement, c’est différent. J’apprends. Je répète, je suis très patiente.

Au théâtre comme à la boxe, il y a du danger. Pour moi, la mise en danger, elle n’est pas physique : elle est d‘abord émotionnelle.

J’ai un truc avec la vérité. J’essaye toujours de trouver la vérité. La vérité de moi par rapport à l’autre. C’est la même recherche sur une scène comme sur un ring.

Sur un ring, il ne faut pas décevoir. Il faut être à la hauteur. Même chose au théâtre. Je ne peux pas monter sur scène en en ayant rien à foutre.

Hassan, quand il perd un match, les jours suivants, il écrit à tout le monde pour s’excuser. Il est triste pour les autres de les avoir déçu.

Spectatrice de boxe, c’est ça que je suis devenue. J’adore. J’adore le protocole des matches de boxe. Les supporters du club, je les brieffe. Il faut que le public encourage les boxeurs. « Allez ! Allez ! » quand ils rentrent sur le ring « Ouais ! Ouais ! » quand il y a un bon coup. Quand tu es sur le ring tu n’entends rien. Rien que la voix de ton entraineur. Mais les « Allez ! » et les « Ouais ! » tu les entends. Alors, c’est ça qu’il faut leur donner aux boxeurs. Crier « Allez » et « Ouais » c’est être un spectateur actif. Quand j’assiste au match, je bouge, je bouge, comme les boxers. Au théâtre, aussi, je suis une spectatrice très active. Je pleure. Je ris. C’est très rare que je sois une simple spectatrice du spectacle. Mes copains, ils se moquent de moi. Sur mon visage, on voit tout ce que je ressens. La joie d’être spectatrice, de boxer je l’ai, je la porte en moi.

Ça fait quinze ans que je fais du théâtre. L’École Nationale de Théâtre pour moi, ça a été un calvaire. Mon bonheur au théâtre, je l’ai trouvé en même temps que mon bonheur à la boxe. Le théâtre, j’ai commencé à en faire parce que c’était urgent et nécessaire. C’est après que ça c’est transformé en joie.

Mais la joie est plus directe dans la boxe que dans le théâtre. C’est le corps. Ça ne trompe pas.

saidjuliettepoursite

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