Chronique aux Diables Rouges

Notes  prises lors de notre exploration des clubs de sports de combat dans le  93 par La Revue Éclair.

Vous trouverez ici les notes prises par Corine Miret concernant Les Diables Rouges (Bagnolet lutte 93) à Bagnolet durant le premier semestre 2015.Ces notes n'ont de vocation que documentaire et aucune ambition littéraire : elles témoignent de notre fréquentation régulière, de notre familiarité grandissante avec les lutteurs du club. Illustrées par des photos et des sons, elles sont une invitation à sentir le bain dans lequel nous nous imergeons à trois (Corine Miret/Sébastien Derrey/ Stéphane Olry) en compagnie de notre Cercle d'amateurs de sports de combat. Notre objectif est de rassembler ainsi le matériau pour une pièce d'actualité qui sera présentée en 2016 à la Commune (Aubervilliers).

Bonne promenade !

http://www.bagnoletlutte93.com/

Comptes-rendus rédigés par Corine Miret

 Mardi 13 janvier 2015. - Entrainement aux Diables Rouges (lutte) à Bagnolet. Salle Jean Legendre au complexe sportif de la Briquetterie

coupes bureau didierpoursite

Rencontré le président Didier Duceux, sa fille, sa femme.

Dans le bureau, discuté du club (histoire), des locaux (à agrandir), de la semaine de la lutte (vont faire venir des lutteurs de Côte d’Ivoire comme l’année dernière de Palestine)

Des champions : Didier a entrainé Mélonin Noumonvi, depuis tout petit. Mélonin a fait les JO d’Athènes, de Pékin, de Londres. Il a 33 ans, est rentré en équipe de France en cadet et n’en est jamais sorti.

La lutte est le sport phare en Iran, beaucoup en Turquie (lutte à l’huile) et dans tous les Balkans.

Les indiens deviennent forts.

Au Sénégal on parle d’écuries/ Les lutteurs gagnent beaucoup d’argent (beaucoup plus qu’en France : en France un champion olympique a une prime de 50.000 euros, en Russie c’est au moins 3 fois plus)

On assiste à l'entraînement:

- lutte et Poussins (4 à 7 ans) de 17h45 à 18h30. De vieux messieurs et deux femmes les entrainent.

-Groupe 2 (8 à 12 ans) de 18h45 à 19h30. Une fille à l’entraînement.

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-Les plus grands 19h45-21h30

entraînement par Vadim Guigolaev et Christian Danga qui est arbitre international. Discuté avec lui avant l’entraînement. A fait partie des premiers encadrants de lutte en Côte d’Ivoire. Environ 35 élèves.

Des plus âgés font des parties de squash à la main (anciens champions du club)

Discuté à la fin avec Emir Boulaabi, jeune champion qui a commencé à 4 ans au club, a été dans tous les pays en compétition, à Font-Romeu et Dijon en entraînement.

A renoncé à la compétition de haut niveau pour faire la fac à Nanterre. Pour pouvoir gagner sa vie.

A failli partir aux Etats-Unis pour devenir pro là-bas.

jean jean main mentonpour site

Jean-Jean, monsieur qui était assis sur le banc est un des premiers du club. Il a plus de 60 ans de licence.

Prochaines compétitions :

31 janvier et 1er février : tournoi de Paris

23 et 24 mai : Grand Prix International de Bagnolet

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samedi 31 janvier et dimanche 1er février : 2nd Grand Paris Seine Ouest 2015 Palais des sports Robert Charpentier Issy les Moulineaux

Bel équipement bien chauffé.

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Musique-soupe en permanence, on ne comprend pas le speaker, un peu mieux la speakerine.

Annonces en français et anglais.

3 tapis de lutte : A, B, C

deux lutteurs roulentpoursiteDeux journées pour les trois types de lutte : gréco-romaine (GR), libre (FS) et féminine

Chaque journée passent 4 catégories de poids dans chaque lutte

Beaucoup de jeunes filles voilées aux ongles et joues peintes aux couleurs du drapeau iranien, des jeunes garçons, des femmes et des hommes. Ils chantent l’hymne iranien, agitent des drapeaux, scandent le nom du lutteur, scandent : « Iran ».2supportrices iraniennespoursite

Les autres supporters les plus actifs sont les azerbaidjanais.

Nous tachons de comprendre les règles. Les combats durent 6 minutes : deux rounds de 3 minutes coupés par une pause de 30 secondes. Le premier qui a gagné 10 points a gagné. Si un combattant est plaqué les deux épaules au sol plus de 1 seconde, le combat est remporté par son adversaire. Les règles sont bien expliquées sur ce site :

http://www-artemis.it-sudparis.eu/~rougon/PLO/page-builder.php?sid=21&pid=21

et une explication des trois styles de lutte :

http://www-artemis.it-sudparis.eu/~rougon/PLO/page-builder.php?sid=20&pid=20

La FILA est la Fédération Internationales des Luttes Associées

Le mot anglais pour la lutte est : Wrestling

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Vu :

Français : Quentin Millière, Yannick Chauzet, Mélonin Noumonvi (GR), Adama Sow, Pauline Lecarpentier et d’autres…

3 Iraniens

1 Sénégalais : Adama Diata (encouragé par supporters français)

etc

Les entraineurs se tiennent  derrière une sorte de « bureau ». Ils jettent une peluche sur le tapis lorsqu’ils contestent un point d’arbitrage : on  peut alors recourir à la vidéo.

En Gréco-romaine, le lutteur passif est mis en position de danger à terre : il se met à 4 pattes au centre pour reprendre le combat. L’autre se met derrière lui et le plaque à terre.

durant les  breaks, les entraineurs agitent une serviette devant le lutteur, lui secouent les bras en les tenant à l’horizontale par la main, éventuellement lui font craquer le dos (le soulèvent en passant leurs bras sous les siens, lutteur dos contre la poitrine de l’entraineur), ou peut-être plutôt est-ce pour lui détendre le diaphragme et lui permettre de reprendre sa respiration.

22000 personnes dans le monde sont connectées sur ce championnat dont les images sont transmises en direct.

Paris a obtenu que les championnats du monde de lutte aient lieu à Paris en 2017.

Mardi 10 février 2015 : Entrainement aux Diables Rouges (lutte) à Bagnolet

On va dans le bureau de Didier

corinesebdidier.bureaupoursite

Didier (53 ans) a commencé par la boxe. Mais recevoir des coups dans la tête ça laisse des séquelles. (cf Carlos Monzon qui a défenestré sa femme)

La lutte est un des sports les plus durs au niveau cardio. À l’INSEP, les boxeurs viennent s’entraîner en cardio avec les lutteurs. Comme c’est un sport très dur, on aura jamais beaucoup de licenciés. On peut lutter assez tard, surtout en gréco : Mélo (Mélonin Noumonvi) a 33 ans. Il y a des médaillés qui ont 37/38 ans. Ils n’ont pas de filles au club dans les séniors, elles s’entraînent à l’INSEP. Mais Didier a l’impression que ça change : ils ont de plus en plus de jeunes filles.

filles diables epingleespoursite

Au niveau mondial, ce sont les japonaises qui dominent. Au Japon, les lutteuses sont starisées comme les judokas homme. En ce moment les chinoises montent en flèche, Didier pense que les prochains duels féminins seront entre la Chine et le Japon (les Iraniennes n’ont pas le droit de pratiquer)

Le club va essayer de faire venir des lutteurs ivoiriens pour la semaine de la lutte mais c’est toujours compliqué avec l’Afrique. Ils avaient prévu il y a deux ans un projet avec la Centrafrique qui ne s’est pas fait. (il y a eu des différents entre les centrafricains entre eux). Mais comme cette année un jumelage est envisagé entre Bagnolet et la ville en Côte d’Ivoire donc ça va peut-être aboutir.

didierdansbureaupoursiteQuestion du poids :

Dans une catégorie de poids (ex : 75kg), il faut faire moins de 75kg. Si tu fais 75,1 kg tu passes dans la catégorie au-dessus et tu peux avoir à lutter contre des beaucoup plus lourds que toi. (pour les qualifications aux championnats du monde, Mélo luttait en 98 kg alors que d’habitude il lutte en 85kg). Steve Guenot va devoir perdre 14 kg d’ici les prochaines compétitions. Il n’y a plus de « toutes catégories » comme ça existait et comme ça existe toujours en judo.En lutte la dernière catégorie, c'est 130kg (Teddy Riner doit faire 140kg)

Pourquoi cette limitation du poids pour les poids lourds? Les gros lutteurs ne sont pas « jolis » à voir. Ils ne portent pas de kimono qui cacheur le ventre comme les judokas. La fédération voudrait changer les tenues, ils ont fait des propositions : Short, gants et torse nu pour les hommes (un peu comme au MMA. Tenue moulante (genre académique de danse) à manches longues pour les filles. Avoir les épaules nues pose des problèmes à certaines personnes qui voudraient faire de la lutte mais ne veulent pas se mettre dans cette tenue.coupesdossierspoursite

 

Il y a un perpétuel renouvellement des règles, des tenues, des adaptations à l’audiovisuel pour tenter d’augmenter le nombre officiel de pratiquants et de spectateurs.

Il y a eu une alliance entre Obama, Poutine et Ahmadinejad pour sauver la lutte aux JO en 2013. Le CIO a été retoqué sur l’argument de « L’universalité » de la lutte. Car ça reste un des sports de combat le plus pratiqué dans le monde (si on compte les luttes traditionnelles).Ce n’est que des questions de lobbying pour avoir un sport aux JO. C’est bien si la Chine, le Japon, la Russie, les USA sont forts en lutte car ça fera du lobbying, ça fera connaître le sport. Le CIO voulait virer la lutte parce qu’il n’y a pas de sponsors.

Le Taekwondo est un sport olympique parce que  Samsung  allonge l'argent.

C’est le premier sport universitaire aux USA. Tom Cruise a été lutteur universitaire, ainsi que le premier secrétaire d’Obama. En regardant bien les séries américaines, on voit que souvent les personnages partent s’entraîner à la lutte et sur les bateaux de l'US Navy vus de haut on voit les cercles de lutte dessinés sur le pont. On peut gagner sa vie en étant prof de lutte aux USA.

La pesée se fait la veille (en boxe, c’est le matin même). Après la pesée, il faut se réhydrater au maximum si on a pas mangé ni bu les jours précédents pour perdre du poids. Avant, le combat se faisait en deux rounds de 3’ avec 30secondes de pause durant laquelle on avait pas le droit de boire. Le règlement a changé l’année dernière et on peut boire maintenant.On peut faire jusqu’à 5 combats dans la journée.

Didier nous prête un livre sur l’histoire de la lutte. Il est partant pour le projet.

On va ensuite voir la fin de l’entraînement par Dimitri.baby lutte recadreepoursite

Il y a de tous les âges, des filles et des garçons.

Plusieurs exercices différents toujours à deux.

Il y a aussi les mannequins marrons.

Certains font de la muscu avec des élastiques.

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Samedi 14 mars 2015 : Tournoi de qualification aux championnats de France Seniors lutte libre et gréco-romaine Gymnase Cifarielo Fanara Bagnolet

C’est plein de lutteurs partout. 3 tapis. 1 pour la gréco, 1 pour la libre, celui du centre pour les deux.Les lutteurs se déshabillent et se rhabillent dans les gradins, une buvette à l’entrée.Ils vont régulièrement voir le tableau de passage qui se remplit au fur et à mesure.TQF 14mars15panoramiquepoursite

On entend rien à la sono. Tout le monde encourage ceux de son club.

Une dame vient avec deux lutteurs depuis Caen. Ils sont partis à 6h du matin. Des enfants courent partout. Les tribunes d’un côté, les juges, les commentateurs et le médecin de l’autre. On n'y comprend rien. Ça va vite. Un homme est venu voir lutter son fils. Il ne connaît pas vraiment les règles.

Les lutteurs catégorie 130kg de gréco sont des papys. Le maillot moulant n’est pas vraiment seyant.

Sébastien dit qu’il faut faire un spectacle où plein de choses se passent et on y comprend rien, on décode petit à petit en restant longtemps, on s’attache à des détails, on capte des bribes de conversations qui éclairent plus ou moins.

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J’apprends par la dame de Caen qu’on peut être licencié dans un club et s’entraîner dans un autre. Les clubs payent parfois un peu les bons lutteurs pour les inclure à leur équipe et gagner les championnats par équipe qui permettent de rapporter de l’argent aux clubs si ils ont des titres.TQF 14mars152lutteurschristianarbitrerecadrepoursite

Elle me dit que les entraineurs n’ont pas le droit d’être en jean lors des compétitions.

Mardi 31 mars 2015. Entrainement aux Diables Rouges (lutte) à Bagnolet. Salle Jean Legendre au complexe sportif de la Briquetterie

 

Didier partira en Côte d’Ivoire en mai pour une semaine avec Christian Danga pour organiser la venue des lutteurs pour la semaine de la lutte.

La fille de Didier (Ella) fait de la lutte, elle veut faire du théâtre.

Les championnats du monde de lutte auront lieu en France en 2017. Les sélections pour les JO de 2016 auront lieu à Las Vegas en septembre 2015. C’est déjà plein pour les billets d’entrée.

On organise le RV du cercle pour le mardi 21 avril. Pour le rendez-vous de présentation de fin, peut-être en septembre (en juillet Bajoplage prend la salle et le terrain de sport) Début septembre au club c’est la rentrée pour les adultes et mi-septembre pour les enfants. Les entrainements sont différents dans la saison en fonction du calendrier des compétitions.

2lutteurs rouges solpoursite

Le premier adversaire c’est la balance. Dans la semaine qui précède la compétition il faut en général perdre du poids pour descendre dans la catégorie inférieure. Marge d’erreur : 100 grammes.

L’INSEP : On pourrait organiser une visite. Les fédérations paient pour avoir des athlètes à l’INSEP. C’est 6.000 euros/an pour un athlète.C’est Dane qui s’occupe au bureau de faire les tableaux de compétition. Et il fait faire les devoirs à ceux qui le veulent.

Mardi 21 avril 2015. Le Cercle assiste à un entrainement aux Diables Rouges (lutte) à Bagnolet. Salle Jean Legendre au complexe sportif de la Briquetterie

Nous sommes venus ce soir avec les membre du Cercle.

Nous arrivons à 17h30 pour l'entrainement des enfants. Mais ce soir, il n'y a pas d’entraînement pour les enfants (c’est les vacances)

Nous attendons dehors le début de l'entrainement des grands à 19h.

Rencontrons Mahawa Gassama qui a commencé la lutte il y a deux mois et sa copine Samah Kheniche qui a commencé il y a huit ans.Elles attendent Dane pour aller faire leurs devoirs dans le bureau.

Didier est allé chercher des coupes pour le Grand Prix de Bagnolet. Il revient et fait préparer la salle de réunion pour recevoir le cercle avec un buffet. Il nous présente le club.

http://www.bagnoletlutte93.com/historique.wsCorinedidierpour site

Il y a une culture de la lutte à Bagnolet. Le club était affilié à la FSGT autrefois et depuis 2005 il est à la FFL. Autrefois c’était un club Omnisport. C’est un club leader en lutte. Didier est président depuis 15 ans. Le club est aidé par le CG 93, il faut pour ça faire des partenariats avec d’autres clubs. Jean-Jean qui est un des plus vieux (85 ans)est la mémoire du club. Le club est un des plus anciens de l’Ile de France. Avant c’était de la débrouille pour faire de l’argent pour le club. Les ¾ des champions sont embauchés par la ville de Bagnolet. Il nous raconte l’origine du nom Diables Rouges qui n’a rien à voir avec la politique: Jean Legendre, un des fondateurs du club à été le premier à mettre les lutteurs en maillot rouge.

Ensuite, nous allons dans la salle. Didier poursuit son explication.membrecercles tatamipour site

Les origines de la lutte remontent aux sumériens, c’est un des premiers sports olympiques avec l’athlétisme et la boxe. Il explique la différence entre la lutte libre et la lutte gréco-romaine. C’est le sport de combat le plus pratiqué dans le monde. Il y a 5 millions de lutteurs en Iran. 212 formes de lutte traditionnelledeux lutteur 1regardpour site

Question du maintien de la lutte dans l’olympisme :

Le CIO trouve que ça ne ramène pas assez d’argent et que ça distribue trop de médailles. La lutte est « tolérée » aux JO jusqu’en 2024. Ils retireront peut-être un style. Il vaut mieux être champion olympique que champion du monde (c’est plus médiatisé. Il y a peut-être une dizaine de champions en lutte qui gagnent leur vie en France. Il y a 40.000 adhérents en lutte en France (700.000 en judo)4ptslutteursentraineurpour site

Le premier adversaire, c’est la balance. Il faut de l’abnégation et du travail. Il y a le problème du poids en permanence.Il ne suffit pas d’être talentueux.

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Un combat c’est action/réaction en permanence. « Ne récite pas » = ne fait pas des enchainements par cœur sans tenir compte de l’adversaire Didier a fait des levers de rideaux de catch à une époque.Il a arrêté car il avait une hernie discale.

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Les contrôles anti-dopages ont lieu tôt le matin au domicile des champions. Steve Guenot a été disqualifié une fois car il n’était pas présent à son domicile un matin tôt.

 

Mardi 5 mai 2015. Entrainement aux Diables Rouges (lutte) à Bagnolet. Salle Jean Legendre au complexe sportif de la Briquetterie

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Je rencontre Delphine Cuvillier qui entraîne les petits, que j’interviewerai. (Didier m'a appris qu’avant elle faisait du water-polo, qu’elle est animatrice sportive à Bagnolet, que la lutte lui a plu, qu’elle a fait une formation pour entrainer les enfants, en a fait elle-même et a été qualifiée pour des championnats de France)

Didier revient de Côte d’Ivoire (Abidjan) où il a passé une semaine pour organiser la venue des lutteurs pour la semaine de la lutte et les échanges futurs. Il est allé avec Ella sa fille, rejoindre Christian.Il me raconte les réunions avec la fédération là-bas, lui et Christian ont fait les médiateurs entre les fédérations, le ministère des sports, l’ambassade. Il dit qu’ils ne sont pas organisés là-bas. Qu’il faut les aider à se structurer si on veut faire des échanges, trouver de l’argent. Il dit que c’est bien d’envoyer des enfants de Bagnolet là-bas qu’ils relativisent les conditions dans lesquelles ils sont. Il dit qu’en général après ces échanges, les gamins de Bagnolet changent leur point de vue et leur regard sur les choses d’eux-même

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Mardi 12 mai 2015. Entrainement aux Diables Rouges (lutte) à Bagnolet. Salle Jean Legendre au complexe sportif de la Briquetterie

Il fait chaud. Les enfants sont fatigués. Le premier cours est divisé en deux : Delphine s’occupe des touts petits, un ancien et Leïla Beuscart (qui est enceinte) s’occupent des plus grands.

Le deuxième cours est donné par Yab Abusnina. Il y a 4 garçons et 5 filles. Les enfants ne suivent pas. Un homme vient filmer pour BFM TV : ça excite la curiosité des enfants qui sont dissipés. Yab ne vient pas à bout des enfants indisciplinés. Les deux exercices :

A deux, face à face :

-essayer de toucher un pied de l’adversaire avec le pied

-essayer de toucher un genou de l’aversaire avec la main

A la fin ils font des pompes et la chaise.2rondpour site

Beaucoup de monde pour le cours de 19h30. Ils reviennent des championnats de France à St-Yrieix la Perche avec 5 titres (dont une fille Mariana Kolic). Il y a eu des blessés : Tarek Belmadani qui voulait lutter quand même mais Didier lui a dit non pour se préserver pour le futur, Dane.

Jean-Jean puis Didier se font interviewer par le journaliste de BFM TV qui fait un sujet sur le club pour la candidature de Paris aux JO (Didier milite pour que la lutte soit à Bagnolet pour avoir de nouveaux équipements)

 Jean-Jean (85 ans) nous explique qu’il y a plusieurs années il s’est cassé la jambe et n’a plus pu entrainer les grands qui se sont pris en charge eux-même. Ça a permis de passer le relais. Il vient jouer à la pelote avec ses anciens élèves et leur fait à manger après.

Je discute avec Caroline qui vient tous les mardis et jeudis accompagner son fils Gauthier (Vadim l’appelle Jean-Paul Gautier : c’est un moyen mnémotechnique pour retenir les prénoms nous a-t-il dit) à l’entrainement. (Elle est de Créteil)Gauthier reveurpour site

Elle me raconte qu’elle ne connaissait pas la lutte, mais qu’elle allait dans une salle faire de la PPG (préparation physique générale) faite par des lutteurs. Elle a vu les petits s’entrainer, elle a apprécie les valeurs et a proposé à son fils d’essayer. Il a accroché tout de suite et en fait depuis huit ans. Son fils n’avait plus de partenaires de son gabarit (il est tout maigre) à son niveau à Créteil, elle a donc discuté avec un papa qui avait son fils à Bagnolet, ils ont essayé et ils ont changé de club. Elle se relaie avec un autre papa de Créteil : Xavier qui accompagne son fils Theo. (Xavier a été 15 fois champion de France de lutte) Elle accompagne aussi Hocine, un autre enfant de Créteil dont le père fait de la lutte aux Diables Rouges mais qui ne peut pas toujours venir (il travaille de nuit)

Les valeurs qu’elle apprécie : -Le respect de l’adversaire : on tend la main à l’adversaire tombé au sol pour l’aider à se relever ; on serre la main de son adversaire et de l’entraineur de son adversaire à la fin du combat. Au début de chaque entrainement chez les enfants à Créteil, l’entraineur posait la question : « quelle est la règle d’or ? » Les enfants répondaient : « Je ne dois pas faire mal » L’entraineur vérifiait que les ongles de chaque enfant étaient bien coupés pour ne pas faire mal et si ce n’était pas fait, il faisait une remarque aux parents. Caroline a toujours un coupe-ongle dans son sac au cas où.

Pompespour site

-La politesse

-L’esprit d’équipe qui règne dans un sport individuel (tout le monde soutient les autres de l’équipe)

-la gentillesse qu’elle a trouvée dans les club et chez les lutteurs

-Ça fait travailler tout le corps harmonieusement

Elle dit que le mélange intergénérationnel comme aux Diables Rouges n’existe pas dans tous les clubs.

Gauthier faisait de la lutte, du tennis et du hand.

Il mange beaucoup et ne grossit pas.salledelutte plan moyenpour site

Caroline me raconte que dans son entrainement de PPG elle faisait un match de hand, quand elle s’est retrouvée plaquée au sol, sans comprendre comment mais tout en douceur et très soudainement par une lutteuse. Elle dit : « je n’ai rien compris, rien senti, mais soudain je me suis retrouvée plaquée au sol, sans pouvoir bouger que les mains, ça n’était pas violent du tout, ça s’était fait en douceur, je ne pouvais absolument plus bouger. »

Pour la semaine de la lutte il y aura des délégations palestiniennes, ivoiriennes, hongroises, slovaques, arméniennes. Didier doit trouver les sous pour payer les billets de la moitié de la délégation ivoirienne. Il faut trouver des sponsors. Didier nous redit qu’il aime la lutte parce que :Ce n’est pas un sport de soumission (contrairement au judo par exemple). Ce n’est pas un sport destructeur (contrairement à la boxe). Il espère que ça va retrouver ses lettres de noblesse.vadimpour site

Vadim entraine les 4 jeunes (Hocine, Gauthier, Theo et ?). Ils sont épuisés. A la fin il en fait mettre un sur 4 appuis et les autres doivent lui grimper sur le dos un à un. Gauthier n’est pas à l’aise car son frère s’est trompé en préparant son sac et a inversé leurs chaussures. Il est donc en chaussettes et il glisse sur le sol.

Caroline me dit qu’elle a les ligaments croisés du genou rompu et qu’elle vit très bien comme ça. Elle fait du sport, du ski, de temps en temps le genou se déboite et elle le remet. Elle n’a pas voulu se faire opérer car 3 mois d’immobilisation avec 3 enfants ce n’est pas possible.

Mardi 18 mai 2015. Entrainement aux Diables Rouges (lutte) à Bagnolet. Salle Jean Legendre au complexe sportif de la Briquetterie

Didier est dans l’organisation de la semaine de la lutte. Les ivoiriens n’ont pas eu leurs visas, la soirée d’ouverture de demain soir est annulée et reportée jeudi de la semaine d’après. Il est en négociation pour qu’ils puissent avoir leurs visas et arriver au moins pour ce WE. Les palestiniens sont arrivés en 2 groupes, certains n’ont pas pu avoir une correspondance d’avion, leurs bagages ont été égarés, il a fallu faire les papiers de perte etc… Il me dit qu’il arrive à prendre ça avec philosophie et ne pas trop stresser, il se dit que ça se fera autrement…

J’arrive vers 18h pendant le cours des tout-petits ; Delphine n’a que 3 élèves : Mikaël, Sofiane et Alexandre ; (ils ont maximum 4 ans) Elle leur fait faire des jeux. Ils sont distraits.

La souris : Chacun met un foulard dans son short derrière (le foulard pend, comme la queue de la souris). On se met face à face et on essaie d’attraper la queue de l’autre. On commence dans le rond central. On se serre la main avant de commencer

Le chat et la souris : Celui qui joue la souris se met à plat ventre au sol. Elle doit avancer vers un fromage imaginaire. Le chat doit l’en empêcher en se couchant sur lui et en le ceinturant.

Le Crocodile : Celui qui fait le crocodile est au centre du rond, à 4 pattes, il doit attraper les autres et les faire tomber au sol. les autres (debouts) essaient de lui échapper mais ne doivent pas sortir du cercle bleu. Quand on a été attrapé on devient crocodile à son tour, le nombre des crocodiles augmente donc et celui des proies diminue.

L’autre partie de la salle est consacrée à l’entrainement des plus grands (au-dessus de 4 ans) : Leïla (enceinte) et un des anciens le dirigent. Des pères arrivent à la fin de l’entrainement et indiquent à leurs fils des exercices : roulades, courses, abdos à faire en plus.

Christian dirige l’entrainement. Il n’y a que des hommes à l’exception de Mahawa et Samah. Au début, il félicite les champions qui ont gagné des médailles au championnat de France. Ils sont applaudis. Les enfants (Gauthier, Théo et Hocine) sont là. Avec le père de Hocine qui fait partie des anciens et joue à la pelote. Jean-Jean passe dire bonsoir.

Christian mène l’entrainement à un rythme très soutenu : « on travaille, tout le monde travaille ! » « en mouvement, toujours en mouvement »Il ne les lâche pas. à la fin ils sont KO. Les quelques palestiniens qui sont arrivés aujourd’hui sont crevés. Un du club leur traduit les instructions en arabe.

Vendredi 21 mai 2015. Entrainement aux Diables Rouges (lutte) à Bagnolet. Salle Jean Legendre au complexe sportif de la Briquetterie

Maurice Tazé et Leïla (enceinte, son bébé est prévu pour octobre) entrainent les plus de 4 ans, ce soir 8 garçons et 2 filles. Delphine qui entraine les moins de 4 ans, a 5 garçons et une fille. Un petit garçon vient pour la première fois pour essayer parce qu’il voudrait en faire l’année prochaine. Maurice m’explique que la fédération internationale est de plus en plus stricte pour les entrainements des enfants (beaucoup de précautions) Ils viennent de changer : les entrainements ne doivent pas durer plus de ¾ d’heure.

Dane s’est cassé le ligament latéral du genou droit en luttant lors des championnats de France : il voit ses muscles fondre, il a juste envie de pleurer.

Dans la salle de réunion, j’interviewe Mahama Gassama et Samah Kheniche, les deux copines dont une (Samah) a commencé la lutte à 7 ans il y a 8 ans et l’autre (Mahawa) a débuté il y a 2 mois.maillot jaune Mahawasamahpoursite

Moins de monde que le mardi. Les palestiniens. Les arméniens arrivent au milieu de l’entrainement. Théo court avec un survêtement et la doudoune de son père (il doit maigrir pour ce WE) Samah s’entraine avec les garçons. Quelques petits garçons sont toujours là et suivent l’entrainement comme ils peuvent. Leurs pères sont sur le côté. C’est le rendez-vous de la communauté arménienne.

Dimanche 24 mai 2015. Grand Prix International de lutte de Bagnolet Diables Rouges (lutte) à Bagnolet. Gymnase Cifarielo Fanara, Bagnolet

Les membres du cercle sont venus assister à la Compétition.

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J’arrive un peu avant 10 heures. J’ai vu les entraineurs arméniens devant l’hôtel Mister Bed au métro Gallieni.

Les participants passent à la pesée, Dane à l’ordinateur est en train de faire les tableaux par âge (minimes, cadets, juniors) et catégories de poids. Maurice est au barbecue ;

Mahawa a décidé de lutter.

Des licenciés du SCLA à Aulnay, de Reims, de l’USMétro, de Sainte-Geneviève des Bois, des palestiniens, des arméniens.

Les gamins se chauffent sur les tapis ensemble par club. Tout le monde se connaît.

Les arbitres (dont Christian) sont en tenue : pantalon gris, chemise bleu ciel, veste bleu marine, cravate de la FILA jaune. Une arbitre femme. Les autres sont des hommes.

Didier est déçu du peu de concurrents. Il se pose des questions car ça fait deux ans que c’est comme ça. Il y a beaucoup d’enfants le samedi (poussins, benjamins) avec les familles mais peu le dimanche. C’est en fin de saison, les clubs n’ont plus d’argent pour les déplacements. Les ivoiriens n’ont pas eu leurs visas. Les allemands ont fait défection. Les géorgiens (comme d'habitude) viennent le samedi et visitent Paris le dimanche.ado gradinspoursite

Il a trouvé des places à l’hôtel Mister Bed pour loger la délégation arménienne parce que le fils de la responsable a commencé la lutte cette année et qu’il lui a demandé. S’il avait un budget il pourrait proposer à des clubs de leur payer la nuit d’hôtel pour qu’ils puissent venir sans problème.Il pense peut-être déplacer le grand prix avant les championnats de France comme ça, ça fait une préparation.Et peut-être le faire homologuer par la fédération, ce qui oblige les clubs à envoyer leurs lutteurs qui sont en pôle lutte. Le hic c’est que du coup les inscriptions sont plus chères (13€ au lieu de 5€ par participant) et c’est la fédération qui ramasse la différence et qui n’aide en aucune façon à l’organisation et en plus il faut payer l’hôtel et le défraiement d’un représentant de la fédération… Il se pose aussi la question d’alterner lutte libre et lutte gréco-romaine un an sur deux (là il n’y a que libre) car les lutteurs français font plutôt de la gréco car les champions (Mélo, Steve Guenot) sont en gréco. Bref, Didier dit qu’il faut revoir ça pour ne pas recommencer l’année prochaine ce d’autant que les quelques clubs qui sont venus n’auront pas envie de revenir vu le peu de lutteurs.

tableau compet serrepoursite

A 10h45, les tableaux sont affichés. Il y a certaines catégories où il n’y a qu’un lutteur, ou deux… Théo Brillon (son père, Xavier, a été quinze fois champion de France) est en minime moins de 46kg, inscrit à Créteil.

Mahawa et Samah vont lutter l’une contre l’autre. (cadet féminine 65 kg)

Mahawa et Samahpoursite

Nous discutons avec Robert Touraine, entraineur du SCLA (Sporting Club de Lutte d’Aulnay) –qui est avec sa compagne Odette Gilbert qui va sur ses 80 ans (elle va fêter dans quelques jours les 60 ans de sa fille).

entraineur aulnaysfemmepoursite

Ils sont accompagnés par deux lutteurs : Rémy Piejos et Petrus Stinca (moldave, dont le père et la sœur sont là ; il est depuis 3 ans au club)

Il dit qu’hier ils ont fait lutter des garçons contre des filles pour compléter des catégories. Il ne trouve pas ça terrible car les filles à poids égal se ramassent quand même des défaites, elles n’ont pas la même force. Il dit qu’ils vont peut-être lutter sur un seul tapis ou deux pour faire durer car le maire doit arriver à 17h pour la remise des prix… Il raconte qu’effectivement ils ont moins d’argent, les transports gratuits de la ville sont restreints pour les déplacements, que le CG et la région ne donnent plus rien. Les clubs sont fauchés ! Il explique que les lutteurs d’origine étrangère et qui n’ont pas la nationalité française n’ont plus le droit de faire les championnats régionaux et nationaux. Ils ont droit aux départementaux. Ils viennent donc dans ce genre de compétition.

massage petrus entraineurpoursite

Rémy est battu mais il ne s’est pas entrainé ces deux derniers mois… Robert ne l’a vu qu’une fois en deux mois à l’entrainement.

(ce qu’il déplore)

La fillette arménienne qui est seule dans sa catégorie luttera une fois contre un garçon (elle perdra 22 à 3 en 30’) et une fois contre une fille plus grande qu’elle (elle perdra aussi)cripoursite

Didier nous dit à la fin que pour les visas des ivoiriens, ça a merdé à l’ambassade de France, que c’est remonté au ministère des affaires étrangères et qu’ils se sont excusés. Les ivoiriens seront là la première semaine de juin. Lui part à Bakou pour les jeux européens du 12 au 19 juin. C’est Mélo qui devait porter la flamme mais il y avait la pesée en même temps pour lui. Ça sera donc quelqu’un d’autre. Mélo luttera dans la catégorie des 98kg (au-dessus de sa catégorie habituelle)perefilspoursite

Il raconte que certains clubs ne veulent pas présenter leurs lutteurs trop tôt en compétition pour qu’ils ne se fassent pas battre. Ça pourrait les démoraliser, les pousser à arrêter. Il faut aussi faire avec les parents qui se projettent : n’ont pas envie de voir leurs enfants perdre. Certains pères mettent trop la pression. Le gamin qui combat voit son père proche de l’apoplexie, qui lui crie dessus. Didier dit qu’il veut en discuter avec les pères arméniens du club.

gamins spectateurspoursite

Un gamin, il prend la piqure tout de suite ou pas. On voit dans les compétitions ceux qui regardent attentivement, qui sont intéressés. C’est un signe pour les entraineurs. Il y a aussi ceux qui jouent à lutter sur le côté en permanence mais qui sont morts de peur en compétition.

Mardi 26 mai 2015. Entrainement aux Diables Rouges (lutte) à Bagnolet. Salle Jean Legendre au complexe sportif de la Briquetterie

J’arrive à 17h30.

Je monte en Vélib maintenant : ça m’entraine de venir à l’entrainement !

Ils sont tous crevés par le WE du Grand Prix.

Leïla n’a pas dormi de la nuit du samedi, elle a pris du Spasfon toute la nuit. Elle veut se faire arrêter mais on lui dit qu’être enceinte n’est pas une maladie. Elle est moniteur sportif et ne peut pas faire à moitié.

Delphine est fatiguée aussi. Elle est allée hier lundi au Zoo de Vincennes avec son fils Younes, elle a trouvé que la rénovation était réussie.

Elle me conseille d’y aller l’après–midi car le matin tous les animaux ne sont pas sortis.

Delphine et Leïla s’occupent des petits, je demande à Maurice si je peux l’interviewer après le cours, il me dit qu’il doit partir vite, mais il commence à me raconter son histoire.

Je l’interviewe au débotté sans enregistrer, en notant, dans le brouhaha de la salle (les enfants sont excités comme des puces, ils font des jeux)

 

Mikael fait mettre les enfants en rang dos au mur : Il leur dit que l’année prochaine ils seront sélectionnés, que ceux qui ne sont pas assidus ne seront plus autorisés à venir au cours. Les gamins n’arrêtent pas de commenter. Il leur apprend des techniques qu’il montre avec Mélissa (la plus grande et expérimentée des filles)

Retour au mur. Il leur demande pourquoi certains n’ont pas dit bonjour à Didier. Que ça ne se fait pas. Les mômes trouvent des excuses (« j’étais en retard »)

Il les fait ensuite combattre, deux par deux devant tous les autres ; Ceux qui regardent se prennent au jeu et encouragent ou fustigent. Certains sont autorisés à combattre contre lui.

Fin du cours!

Entrainement de 19h30.

Par Vadim et Christian.vadim regardepour site

Beaucoup de monde. 7 filles (dont Mahawa, Serena championne de France, Melissa du cours d’en-dessous et des nouvelles que je n’ai jamais vues)

Des nouveaux garçons aussi.

Les pères arméniens sont là et coachent leurs enfants.

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Xavier le père de Théo vient s’asseoir sur le banc entre Sébastien et moi à la fin car une jeune fille est partie avec son copain qui a quitté l’entrainement. Je lui demande s’il veut bien qu’on l’interviewe. Je lui explique pourquoi. Nous discutons avec lui à bâtons rompus.

Voici ce que nous apprenons : Lui ne voulait pas que Théo son fils fasse de la lutte car il trouve ça trop dur et trop violent pour le corps (lui en a fait pendant 20 ans, a été à l’INSEP et quinze fois champion de France). Son fils l’a tanné et a finalement commencé il y a 1 an ½. Il dit que ça casse le corps. Que les petits ne s’en rendent pas compte, ils s’amusent mais lui est cassé, Vadim qui a été champion du monde a été opéré du cou, et d’autres endroits dans le corps… Comme ça sollicite toutes les articulations, on a toutes les articulations nazes à 40 ans. Que on ne peut pas faire doucement. Parce qu’on a toujours quelqu’un en face. Et qu’en face c’est l’inconnu.Théo faisait de l’escalade avant, Xavier trouvait ça très bien. Des grands champions d’escalade lui ont dit qu’en vieillissant ils avaient des problèmes dans les articulations de doigts mais au moins ce n’est que les doigts ! dit-il.

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Il y a aussi la qualité de l’enseignement : En lutte, comme c’est un sport peu connu, les entraineurs ne sont pas aussi bien formés que dans d’autres sports. Quand il était à l’INSEP, en athlétisme, des champions comme Jean Galfione et Marie-Jo Perec ne s’entrainaient qu’une fois par jour. En lutte, c’était deux entrainements par jour et il fallait sortir cassé. L’entrainement n’était qu’une question de quantité et pas de qualité.

Il n’avait plus envie de monter sur le tapis. Dégouté. Il n’y est plus jamais remonté depuis qu’il a arrêté. Il dit que la différence entre l’athlétisme par exemple et la lutte, c’est que dans les sports où tu es seul, il n’y a que toi en jeu, tu peux progresser à ta façon, à ta manière, t’entraîner individuellement. Et les performances progressent, car les techniques progressent. (saut en hauteur qui passe du ventral au dorsal etc)

Dans un sport de combat, il y a l’inconnu de l’adversaire. Et ça change tout. Tu ne peux jamais savoir comment tu vas lutter car ça ne dépend pas que de toi. Ça dépend aussi de l’autre que tu ne connais pas. Il y a cet inconnu qui fait que ce n’est pas un sport « exact » . Même à l’entrainement tu ne peux pas t’entrainer seul, ça n’a aucun sens. C’est lié forcément à l’autre, le partenaire d’entrainement ou l’adversaire de combat. Il y a donc beaucoup plus de données en jeu. C’est beaucoup plus complexe qu’un sport individuel.

la salledeluttepour site

Il remontera peut-être sur le tapis dans un an, quand Théo aura le même gabarit que lui pour lutter contre son fils. Mais il n’en a pas envie spécialement, il dit qu’il retardera le moment le plus possible et que dès que Théo sera dans la catégorie au-dessus de lui, il arrêtera. Il est dur contre les pères qui poussent leurs enfants au maximum. Il dit que les enfants n’ont plus de plaisir.

Il a fait un championnat de France sous le chapiteau de l’école du cirque de Châlons. Il était en Bourgogne. On discute de la différence entre les circassiens ou les danseurs de l’opéra qui sont aussi cassés mais eux au moins peuvent espérer gagner leur vie avec ça !

Pendant tout l’entraînement, des pères (oncles ? ) arméniens poussent les petits à s’entraîner dur. En arménien, ils invectivent, conseillent, font refaire (même la montée à la corde à la fin de séance). Certains enfants ont gagné pendant le tournoi (la plupart sont forts déjà et frères ou copains, prennent visiblement beaucoup de plaisir à lutter ensemble). On comprend que ce sont les pères dont nous parlait Didier dimanche. Et ayant entendu Xavier, ça devient concret tout d’un coup.russemannequinenfantpour site

Jean-Jean est passé dire bonjour, puis au-revoir. Les anciens ont joué à la pelote.

Gauthier hésite à me dire au revoir en faisant une bise car dit-il : « je suis en sueur, moi ça ne me gêne pas mais vous ? » On se fait la bise.

A la fin les lumières s’éteignent petit à petit à partir de 21h30 car le gardien fait signe qu’il faut sortir de la salle. (Il y a encore la douche à prendre et lui termine à 22h) Dans le couloir c’est la queue pour les douches.

Mardi 9 juin 2015. Entrainement aux Diables Rouges (lutte) à Bagnolet. Salle Jean Legendre au complexe sportif de la Briquetterie

C'est Sébastien qui tient le présent journal exceptionnellement.

J’arrive à la fin de l’entraînement des tout petits. Ils se poussent et se renversent sur le tapis, encouragés par Delphine et Maurice.

Un des enfants rejoint son père assis sur le banc à côté de moi. Le père, très doux, prend l’enfant tout petit (il a cinq ans, c’est sa première année au club) dans ses bras, lui parle (en russe je crois), le caresse, le pousse. Je devine qu’il lui parle de lutte parce que les gestes, le contact me fait penser à la manière de se toucher qu’ont les lutteurs. Mais avec plus de tendresse et de douceur. L’enfant est très calme, il répond aux questions du père par des hochements de tête. Le père tout en continuant à parler lentement, saisit l’enfant qui se laisse faire aux jambes et le fait doucement chuter puis il roule avec lui, exactement à la manière de deux lutteurs. Je reconnais la technique qui est décomposée et déroulée précisément. Le père explique tout en serrant l’enfant dans ses bras énormes. L’enfant acquiesce. C’est le combat du géant et du nain. Ensuite le père déshabille et rhabille l’enfant, avec toujours la même minutie dans les gestes.

C’était très beau. J’ai un peu l’impression d’avoir assisté à une scène primordiale.

ob 4d263b lutte greco romaine ceramiquepoursiteDepuis qu’on observe des entrainements, on s’est déjà étonné de retrouver dans les postures, les attitudes des lutteurs une très grande proximité avec les statues antiques (j’en ai revu au Louvre récemment, on a l’impression qu’elles ont été faites hier, tellement on reconnaît les gestes). Il faudrait interroger cette survivance des gestes.

Le père, Jean-Jean me dira plus tard qu’il s’agit de Kazbek, 8 fois champion de France de lutte, a fait partie de l’équipe olympique. Il est originaire de la même ville que Vadim en Russie et a la nationalité française depuis 11 ans. Il va peut être arrêter la compétition (je crois qu’il a 41 ans), et continuer pour le plaisir. C’est un poids lourd, le corps massif, noueux. Il se dégage de lui une grande sensation de calme et de douceur. Pendant toute la séance je vais le regarder lutter avec un partenaire de son gabarit, qu’il va vraiment épuiser. Au bout d’un moment j’ai l’impression que ces deux lutteurs sont vraiment à part. ils ont l’air ailleurs. Parfois ils ne font que tourner l’un autour de l’autre sans arriver à poser leurs mains sur le corps de l’autre, cherchant une saisie. J’ai vraiment l’impression qu’ils se « parlent » par le contact. lutte muybridgepoursite

A côté d’eux d’autres lutteurs appliquent, questionnent, la prise ou le contournement que Vadim a montré. Ce sont tous des lutteurs aguerris. A ce stade où la lutte est un jeu d’échec. Le mouvement est analysé, répété, recombiné avec d’autres, on lutte et on discute, on lie le geste et la parole. On réfléchit. Vadim passe et corrige, montre une variante…

Mais Kazbek et son adversaire sont à part et ne s’arrêtent pas pour parler. Ils sont dans un autre temps. J’ai l’impression d’avoir un peu une image de ces combats de lutte sans limite de temps dont j’ai entendu parler, ceux des luttes traditionnelles, ou des premiers Jeux Olympiques. Petit à petit l’autre lutteur demande de faire pause plus souvent. Il est fatigué et souffre de l’épaule. Il demande à Kazbek de le masser et de lui étirer le bras. Lorsqu’ils se parlent alors je comprends qu’ils ne se connaissent pas forcément, qu’ils ne sont pas des amis intimes.

Jean-Jean m’explique que cette manière de se toucher qu’ont les lutteurs, c’est parce qu’on se frotte tellement à l’autre et de manière assez rude, qu’on a besoin aussi d’adoucir le contact, « de se faire du bien ».christianblondallonges nbpoursitePhoto Meggie Schneider

Je pense alors que même si au Boxing Beats ou à la Snake Team, ou dans d’autres salles d’entrainement, saluer chaque personne est un rituel observé par tous et que les notions de respect sont très importantes, jamais je ne l’ai vu appliqué aussi scrupuleusement qu’à la lutte ou en tout cas chez les Diables Rouges. Tout le monde vient nous saluer quand nous sommes assis à observer. On sent bien que la poignée de main et le regard francs sont très importants, même chez les plus petits.

Avant ce cours il y a eu celui des 10/11 ans, qui illustre très bien ce point. Le cours était d’abord donné par Eric (ou Xavier je ne sais plus), un entraîneur que je n’avais jamais vu. Les enfants étaient assez dissipés, comme on l’avait déjà vu. Lassé par l’attitude des enfants, l’entraineur énervé a arrêté l’entrainement et demandé à être remplacé par Dane. Avant de partir il a parlé aux enfants qui, cette fois se sont tus. Il leur a dit assez durement qu’ils perdaient leur temps ici et lui aussi. Qu’il a entraîné les plus grands dans ce club, Lomé compris, qu’il n’avait jamais vu un groupe d’enfants écouter aussi peu et qu’il ne voulait pas perdre son temps à crier. Qu’on ne pouvait pas apprendre la lutte sans respect et sans écouter. Mais que la première chose était l’attitude de respect. Didier est passé pour voir, « s’ils viennent pour du loisir, on ne va pas perdre notre temps ». Dane est alors arrivé et a demandé à ce que personne ne rentre dans la salle. A nouveau il a parlé du respect dû à chacun et du devoir de ne jamais oublier de saluer les aînés. Il parlait aux enfants très bas, sans s’énerver. Il les a fait travailler pendant 20 mn (roulades, sauts, passages entre les jambes), sans jamais élever la voix et ils n’ont pas bronché. C’était assez impressionnant de voir la différence d’attitude des enfants. A la fin du cours il a demandé à tous les enfants de s’allonger sur le dos et de fermer les yeux. Il marchait au milieu d’eux en les frôlant, sans doute pour vérifier s’ils étaient bien concentrés. Ceux qu’il touchait du bout du pied au bout d’un moment avaient le droit de regagner le vestiaire. Ceux qui n’étaient pas arrivé à faire calmement l’exercice, il les a pris à part et a continué à discuter avec eux en leur demandant de réfléchir à pourquoi ils n’arrivaient pas à obéir à une consigne aussi simple.jean jean portraitpour site

Un ancien amène à Jean-Jean une photo, c’est le carton d’une exposition photographique qui a lieu en ce moment à la médiathèque de Bagnolet, intitulée « moi aussi j’ai été jeune, mais vous ne le voyez plus ! ». Sur la photo on voit Jean-Jean qui tient une grande photo de lui en tenue de lutte aux Jeux Olympiques en 1951. De son temps on n’avait pas le droit de commencer à lutter avant 16 ans. Il a été le premier en France à ouvrir des cours pour les enfants. « on me disait que j’étais fou, qu’on allait les blesser ». « le catch nous a fait du mal ». Les gens voyaient des combats violents en apparence, où les lutteurs se blessaient. Ils ne voulaient pas inscrire leur enfant à la lutte. Il faut avoir fait au moins 3 ans de lutte pour faire du catch, mais au catch tu accompagnes le mouvement de l’adversaire pour le rendre spectaculaire, tu fais de la cascade. En lutte tu te laisses pas faire, tu résiste, tu te laisse pas attraper.

Il rentre maintenant préparer le repas pour ses anciens élèves. « Je suis veuf alors quand ils sont là, je mange bien, sinon quand je suis seul je grignote »

Mardi 16 juin 2015. Entrainement aux Diables Rouges (lutte) à Bagnolet. Salle Jean Legendre au complexe sportif de la Briquetterie

Fin de l’entrainement des petits (à 19h30)

Les enfants sont allongés sur le dos en cercle, les yeux fermés. Dane et Yab marchent autour d’eux, tout près d’eux, leur parlent. La consigne est de ne pas bouger. Dane leur donne le droit de quitter le cours les uns après les autres.

Entrainement des grands. Peu de monde au début. Mais beaucoup de monde arrive en cours et à la fin il y a du monde.vChristian mène l’entrainement. Vadim est crevé (sinusite). Il a pris des médicaments mais ça ne fait aucun effet. Il est assis à un bout et entraine les petits (Gauthier, Hocine, un plus petit qui vient de l’US Métro) Théo s’entraine avec les garçons arméniens plus costauds.

Les anciens (dont le père de Hocine) sont là et joue à la pelote. Au début, un groupe d’arméniens sont là aussi qui discutent entre eux.Christian a du mal à couvrir les voix des anciens et des arméniens pour mener l’entrainement.ChristianpoursitePhoto Meggie Schneider

Je discute avec Caroline, la mère de Gauthier. Elle m’explique que Gauthier a rencontré les jeunes arméniens à des rencontres de pôles à l’US Métro et qu’ensuite il a voulu venir s’entrainer ici. Il en a parlé à sa mère pendant trois mois et elle l’a finalement inscrite à Bagnolet. Elle dit que les locaux de l’US Métro sont somptueux par rapport à ici et à Créteil. Une salle de muscu avec des appareils tous neufs, une belle salle uniquement pour la lutte. Elle dit qu’ils ne jouent pas dans la même catégorie. Que l’entrainement est bon là-bas mais plus « militaire ».Que à Bagnolet, comme à Créteil (où elle suit des cours ainsi que son deuxième fils) c’est plus familial. A Créteil, il y a toujours tout le club aux AG de fin d’année. Chaque lutteur est récompensé.Elle dit aussi que les clubs se piquent les bons lutteurs. Le petit qui est là aujourd’hui de l’US Métro est plutôt très bon.Gauthier, Hocine, Théo et les jeunes arméniens sont de 2001. Ils sont minimes.groupe lutte regard recadreepoursite

A la fin de l’entrainement, Christian dit qu’il va aller se coucher, qu’il se lève à 6h pour aller travailler. Caroline me dit qu’elle dort tous les jours de 2h à 7h sauf un dimanche tous les deux mois où son mari est là et elle peut dormir jusqu’à 11h. Je lui demande comment elle fait pour tenir le coup. Elle me dit que ça va. Que de toutes façons elle n’a pas le choix. Elle est toujours émerveillée de la gentillesse des gens du club. Elle me dit plusieurs fois combien elle trouve les enfants arméniens gentils et toutes les personnes du club.

Elle se renseigne auprès de Vadim pour savoir si le cours sera aux mêmes heures l’année prochaine. Savoir si elle peut amener Gauthier et Théo et Hocine qui viennent tous les trois de Créteil.

Gauthier s’est fait un peu mal au pouce gauche, car un partenaire lui a roulé sur la main. Caroline met une noisette de crème dans le creux de sa main pour qu’il se masse. Le père de Hocine suggère de faire un strap en rentrant chez lui.

Un garçon s’entraine à donner des coups dans le puching ball. Caroline me dit qu’elle ne peut pas assister à un combat de boxe, qu’elle a du mal avec les coups.

Mardi 23 juin 2015. Entrainement aux Diables Rouges (lutte) à Bagnolet. Salle Jean Legendre au complexe sportif de la Briquetterie

Didier n’est pas là. En réunion.

Je demande à Mihai dans le bureau si c’est OK pour la séance d’initiation de vendredi : c’est OK. Venir en short, T-Shirt et chaussettes ou pieds nus. Les vestiaires et douches seront à notre disposition.

Leïla, enceinte (elle accouchera en octobre) est fatiguée. Elle fait le ramadan. Elle dit qu’elle préfère le faire maintenant plutôt que de rattraper toute seule après. Maurice et elle restent sur le côté.

Delphine prend en charge le cours. La femme de Vadim est là, elle assiste au cours et parle à ses enfants en russe.Une autre jeune femme est là avec sa petite fille (Lalia) qui court partout et a envie de lutter. leilamamanbebepoursite

Ils jouent à : -Chat glacé

-Jeu des appuis : on décide du nombre d’appuis (1, 2, 3, 4, 5 ou 6). Un se retourne contre le mur, les autres courent tandis que lui compte : 1, 2, 3 soleil. Il se retourne et les autres doivent être immobiles avec le nombre d’appui convenu.

Maurice dit qu’à la télé, ils ont dit que si il y avait la candidature de Paris aux J.O. était acceptée ce serait sans doute Bagnolet qui servirait de salle d’entrainement pour la lutte. Ils referaient tout l’équipement des Diables Rouges.

-Le chat et la souris : Un enfant met un foulard dans son short dans le dos. C’est la souris. Il se met en position de départ pour une courseUn autre (le chat) prend aussi une position de départ quelques pas derrière la souris Au top : les deux partent en courant jusqu’à l’autre bout du studio.Si le chat attrape la queue de la souris, il a gagné

entrainement petits avec ballonpoursite

La femme de Vadim me raconte que Soslan (4 ans) commence à aimer la lutte. Avant il n’aimait pas. ça fait deux ans qu’il en fait.Il ne comprend pas très bien le français. L’autre fait de la lutte depuis longtemps, il a commencé aussi à 3 ans. Elle ne veut pas que les enfants fassent des compétitions trop tôt. C’est surtout Vadim qui ne veut pas. Parce que c’est trop dur de perdre, pour ne pas les dégoûter. Didier nous avait dit qu’il n’était pas d’accord, qu’il ne fallait pas attendre d’être sûr de gagner pour commencer la compétition.

Elle me dit qu’en France il faut faire beaucoup de sport, que c’est bien de faire du sport parce qu’on ne sait pas ce qui peut nous arriver, qu’il faut savoir se défendre.

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Le cours se termine, Maurice distribue des Chupa Chups.

19h30 Le cours des grands. Tout le monde arrive petit à petit. Vadim et Christian dirigent l’entrainement.

Les petits mènent l’échauffement. Gauthier, Hocine, Théo sont là, Caroline et Xavier, les anciens, Mahawa et une autre fille, Jean-Jean.

Jean-Jean dit : « Quand je suis avec eux (ndlr : Les lutteurs), ça boume toujours », « Ils m’empêchent de mal vieillir », « Plus on est de fous plus on rigole »

 Je parle des J.O. avec Vadim. Il dit qu’en France on se moque des sportifs. Si un sportif est champion olympique, ça ne lui rapporte rien par rapport à ce que ça rapporte dans d’autres pays. Les sportifs ne sont pas considérés. Il dit que Hollande s’en fout. C’est pour ça qu’il pense que la candidature au J.O. ne sera sans doute pas à la hauteur car le pays ne veut pas y mettre assez de moyens.

Sébastien suit l’échauffement et travaille avec Christian ensuite.

Gauthier a grandi. Caroline le remarque maintenant. Mais il ne grossit pas. Caroline dit qu’il faut qu’il essaie avec des lentilles car il est myope et plisse les yeux de plus en plus.

Caroline et Xavier parlent de l’organisation de l’année prochaine pour emmener les enfants à l’entrainement. Xavier est surnommé « Tintin » par certains du club. A un qui lui demande s’il n’a pas sa tenue de lutte, il répond : « je n’ai pas trouvé de XS ! »vadim montre prisepoursite

A la fin, Vadim prend un long temps avec Théo pour lui montrer des prises, Hocine et Gauthier continuent à s’entrainer entre eux. Tout le monde est parti petit à petit, il ne reste plus qu’eux. Les garçons sont fatigués. Vadim est très patient. Caroline dit que ce qui est bien c’est qu’il parle aux enfants comme à des adultes. Il les prend en considération.

Vadim ne sait pas s’il y a entrainement la semaine prochaine. C’est Didier qui décide. Nous partons avec les derniers.

 

Vendredi 26 juin 2015. /Entrainement aux Diables Rouges (lutte) à Bagnolet. Salle Jean Legendre au complexe sportif de la Briquetterie

 Séance d’initiation avec les membres du Cercle

Sébastien, Corine, Stéphane.

Et : Élodie Vincent, Hervé Falloux, Émilie Esquerre, Nil Dinç, Celia Catalifo, Taxiarchis Vasilakos (avec sa femme et ses deux petits enfants), Agnès Müller (CG93), Hélène Bontemps, Véronique Aubert et Lucie Pouille (toutes trois du service communication de La Commune)

Didier se met en tenue et vient sur le tapis.didierlutteur orange tatamipoursite

Tout le monde arrive. Les filles dans le vestiaire des filles avec Samah et Mahawa Les garçons dans un autre Échauffement commun avec les lutteurs dirigé par Christian. Je fais trois tours de piste et je m’arrête : je sens le genou instable, ça fait deux mois que je n’ai rien fait, je n’arrive pas à faire à moitié. Je serai rejointe sur le banc par Hélène Bontemps qui laisse ses collègues aller essayer.

Voici le récit de l'intérieur de cette initiation qu' Émilie envoit le soir à son mari Laurent :

Mardi 30 juin 2015. Entrainement aux Diables Rouges (lutte) à Bagnolet. Salle Jean Legendre au complexe sportif de la Briquetterie

C’est la canicule !

Tout le monde est là : Vadim, Christian, Mihai, Dane, Gauthier et Hocine (Theo est en vacances), les arméniens, deux filles (dont celle qui ressemble à un garçon), le père de Hocine, les deux petits garçons dont un vient de l’US Métro (Ramza) : ils ont exactement le même gabarit, on pourrait croire des jumeaux. Mody Diawara etclutte tenderpoursite

Didier essaie d’avoir des billets pour Las Vegas en septembre. Il veut rester deux semaines et emmener Ella sa fille. Il est en train de se séparer de la mère d’Ella. C’est compliqué dit-il.

-Foot avec ballon en mousse

Jean-Jean arrive avec sa patte qui traîne, il s’assied sur le banc entre la lutteuse qui ne fait pas le foot et moi.

Il dit : « Je me suis fait foutre en l’air par une voiture il y a 40 ans et que maintenant j’ai les séquelles (un ulcère à la jambe)

J’ai 85 printemps, je ne compte pas les autres saisons »

Il me raconte que le Papa de Hocine, Djibril a été un grand lutteur à Bagnolet. Qu’il était d’Ivry au départ et est devenu champion en s’entrainant à Bagnolet.

Jean-Jean me dit que le petit bémol dans la carrière de Djibril c’est que le père de Djibril n’a pas voulu qu’il ait la double nationalité, il est resté uniquement algérien et n’a donc pas pu entrer dans l’équipe de France.

Jean-Jean raconte son interview avec la journaliste qui préparait une expo sur : les gens qui ont fait du bien à Bagnolet, avec une photo d’eux jeune et une d’eux maintenant.

Jean-Jean a posé avec une photo de lui lutteur.Jean Jean par Nathalie Rouckoutpoursite

Photo Nathalie Rouckout

« Les anciens des Diables Rouges sont allés en sortie à la mer de sable à Ermenonville la semaine dernière. Il y vont tous les ans, et c’est la première fois que je ne les accompagne pas : la patte n’aurait pas pu, dans le sable. »

Je me suis cassé la figure dans ma douche il y a deux ans, j’ai eu quatre côtes cassées. Le médecin m’a dit : « fini les galipettes sur le tapis »

Le fils de Jean-Jean (Jean-Pierre) a été lutteur. Il vient faire de la pelote avec les anciens. Il a 58 ans. Ce soir il n’est pas là car il est à un séminaire. C’est le directeur de tous les directeurs des Gymnase Club. Quand le Gymnase Club était associé au Club Mediterranée, il a négocié avec le fils Giscard qui dirigeait le Club Med.

La femme de Jean-Jean est morte du cancer. Elle a vécu 17 ans avec son cancer. Si elle vivait à l’heure actuelle avec la même maladie, peut-être qu’on saurait la soigner maintenant.

Il dit que c’est la première année depuis 1953 qu’il ne va pas aux championnats individuels. Il a ouvert la salle il y a 45 ans.Elle est maintenant à refaire : ce sera le cas si la candidature de Paris aux J.O. est acceptée.

Une fois, Jean-Jean s’est cassé le nez à un entrainement. Tout le club l’a accompagné à l’hôpital. Ils lui ont mis un plâtre. Quand le médecin lui a ensuite retiré, il a dit : « On vous a  loupé ! » Jean-Jean a regardé dans un miroir, le nez était un peu de travers. Le médecin a proposé de lui recasser et de le remettre droit mais dans sa clinique privée. Jean-Jean n’y est jamais allé.

Jean-Jean est entraineur depuis 51 ans. Il notait tous ses combats avant. Il a arrêté de noter en 56.

Il avait 660 combats, 600 victoires, 60 défaites.

Il écrivait sur la lutte dans un journal du 93. Il a tous les calendriers de chaque année avec l’équipe du club. Il me raconte que Mihai a eu du mal à obtenir la nationalité. Il était moldave, marié à une française. Il a eu la nationalité après avoir fait 3 ans d’armée dans le chasseurs alpins.

Caroline m’explique que les quatre jeunes garçons arméniens qui luttent seront en âge de figurer dans l’équipe olympique en 2024 s’ils obtiennent la nationalité française. Ils sont trois de 14 ans et un de 13 ans. L’un eux est le frère de Sasha qui est un peu plus grand.vadimjean jeanpoursite

Son mari à elle a eu un problème pour le renouvellement de sa carte d’identité car il était né à Madagascar (de parents français en mission là-bas). Ils lui ont demandé de prouver sa nationalité. Ça s’est fini au tribunal. On lui a donné un papier qui certifie sa nationalité française en lui disant qu’on ne lui délivrerait aucun autre exemplaire. Il n’a qu’un exemplaire de ce papier qui prouve qu’il est français.

Je lui explique que mon ami a eu le même problème alors qu’il sert dans l’armée française depuis 30 ans.

Didier discute longtemps avec un des jeunes arméniens et leurs pères pour leur expliquer qu’ils doivent apprendre le français et parler français le plus possible, même en France.

Caroline me dit que le défaut de Gauthier en lutte est de ne pas sortir la tête. Depuis toujours.

Didier m'annonce  que les cours reprendront le 2 septembre.

 

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