le dossier du Cercle

Un projet d'exploration de trois sports de combats en Seine-Saint-Denis:

la lutte, la boxe, le Mixed Martial Art

Le cercle

Un spectacle de La Revue Éclair

Une exploration des clubs de sports de combat

en Seine-Saint-Denis

Un projet de Corine Miret et Stéphane Olry

en collaboration avec Sébastien Derrey

Pause.BB. 150115pour site@stéphaneolry /Boxing Beats d’Aubervilliers

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La rencontre entre deux corps, à mains nues, pour un combat, touche aux profondeurs les plus archaïques de l’homme. C’est une forme de rencontre que l’humanité connaît depuis toujours et ne cesse de pratiquer, d’observer, de commenter, depuis le combat entre Enkidu et Gilgamesh jusqu’au « combat du siècle » entre Mohamed Ali et George Foreman à Kinshasa. Depuis toujours, le combat à mains nues a suscité l’horreur et l’admiration des spectateurs. Depuis l’antiquité on entretient la mémoire de ces affrontements entre deux adversaires. Partout dans le monde, on sublime la pratique du pugilat combat à mains nues par les arts martiaux et la ritualisation des combats.

Corine Miret, danseuse, pratique un sport de combat (la Boxe Française), Stéphane Olry un art martial chinois, (le Taï-Chi). Si nous avons d’ores et déjà des pratiques martiales, nous souhaitons aller à la rencontre de disciplines que nous ne connaissons pas. Nous aimons rencontrer des gens qui ont des pratiques qui ne sont pas les nôtres. Nous aimons aller physiquement et métaphoriquement là où ne sommes jamais allés. Nous aimons observer, poser des questions et nous poser des questions. Nous aimons poser des hypothèses, sous forme de spectacles. Nous nous plaisons à imaginer le processus qui va nous amener au spectacle, pour mieux nous laisser surprendre ensuite par les étapes qui jalonnent notre chemin.

Notre projet est d’explorer cette pratique des sports de combat lors d’une résidence en Seine-Saint-Denis. Nous constituerons un cercle de spectateurs invités, au travers de rendez-vous, à partager notre exploration, mais aussi nos questionnements, notre écriture. À l’issue de cette résidence de création une pièce d’actualité sera présentée au Théâtre de la Commune d’Aubervilliers où seront présents sur scène des pratiquants de sports de combat comme des membres de notre cercle de spectateurs.

saidboxeuse poursite@stéphaneolry /Boxing Beats d’Aubervilliers

Depuis juin 2014 nous explorons en compagnie de Sébastien Derrey (metteur en scène, amateur et pratiquant de sports de combat) les dojos, les salles de sports, les parquets de bals de la Seine-Saint-Denis.

À la suite de ce travail nous avons décidé de circonscrire notre curiosité autour des sports de combat. Trois de ces sports ont été retenus ainsi que trois clubs où ils sont pratiqués :

la Lutte aux Diables Rouges de Bagnolet,

la Boxe Anglaise au Boxing Beats dAubervilliers,

le Mixed Martial Art à la Snake Team à Épinay-sur-Seine.

Nous nous intéressons aux sports où l’implication est extrême, ceux où il y un combat, à mains nues, avec un vainqueur et un vaincu. C’est ce qui se joue d’essentiel dans l’intimité de cette rencontre, dans la ritualisation de la violence, dans l’intelligence du combat qui nous intéresse. C’est l’instant court, intense, essentiel, archaïque qui se répète dans le cercle du ring et des spectateurs, qui aiguise notre curiosité. si le mouvement muet de découverte du corps d’un inconnu requiert toujours notre curiosité, nous préférons le chercher là où il est patent, radical, sans concession : sur le ring.

Pourquoi ces trois sports de combat-là ?

La Lutte est le plus archaïque de tous les sports de combat. Nous connaissons encore le nom des lutteurs vainqueurs aux Jeux Olympiques de la Grèce antique. C’est encore le sport de combat le plus universel dans ces règles. Un lutteur, en adaptant sa technique aux règles en usage dans tel ou tel pays, trouvera d’autres lutteurs avec qui pratiquer dans le monde entier.

torse nu poursite@stéphane Olry / Les diables rouges

Les Diables Rouges est aussi un des plus anciens clubs de sports de combat de la banlieue parisienne et bien de ses membres ont moins de sept et plus de soixante dix-sept ans. Il nous paraissait passionnant de commencer par travailler avec cette mémoire là.

Le Boxing Beats est un club emblématique de la Seine-Saint-Denis. Connu et respecté pour la qualité de son enseignement, son engagement social, son implication dans la boxe féminine saluée par des victoires au niveau international de ses championnes, ce club s’imposait. Et puis, il était impossible de ne pas avoir la boxe le plus connu et le plus populaire des sports de combats centralement présente dans notre projet.

Le MMA (Mixed Martial Art) ou Free Fight est le plus récent et controversé des sports de combat. Comme son nom l’indique, il s’agit de combattre en utilisant toutes les techniques martiales, pieds, poings, balayage, projection, combat au sol. Ces combats dans des cages octogonales où on voit des hommes en frapper d’autres au sol peuvent sembler barbares. C’est bien là où ce terme « barbare » prend toute son ambiguïté : en effet, ces combats ne semblent tels que pour ceux qui ne savent pas en décoder les subtilités. Ce sport a très rapidement évolué ces dernières années sous l’influence des lutteurs brésiliens venus du Jiu-Jitsu, pour devenir extrêmement technique et élaboré, notamment dans toutes les phases de lutte au sol. La pratique du MMA génère moins de blessures que le football par exemple, cependant les combats de MMA sont interdits en France. Il y a là une culture émergente qui demande à être observée, respectée et comprise, plutôt que méprisée, stigmatisée, et maintenue aux banlieues du sport « respectable ».diabateeleve

La Snake Team est l’équipe formée autour de Cyrille Diabaté, champion international français. Son président (comme celui du Boxing Beats) est une femme (Elodie Poinat), ce qui indique aussi une mutation passionnante de la place des femmes dans le champ clos des sports de combat, et donc de la société dont ils sont le reflet.

Ultimate fight Round2poursite@stephane Olry/ 100%ultimate Fight Paris

 

Le théâtre de la Commune d’Aubervilliers nous a proposée de créer une pièce d’actualité à partir de cette exploration, et le Conseil Général du 93 d’accompagner cette création par une résidence.

Le Cerclebaby lutte Diables rouges pour site@stéphaneolry /Diables Rouges de Bagnolet

Il n’y a pas de sport de combat sans spectateur. Sans ce cercle qui ritualise la rencontre, en fixe les règles, l’espace, l’enjeu, la durée, ce n’est pas à un combat qu’on assiste, mais à une bagarre. Or, les combattants sont tout sauf des bagarreurs. C’est le cercle des spectateurs, qui crée le lieu de l’affrontement : cirque, ring, arène, lice etc. C’est un lieu clos, sans coulisse, dont la clôture la plus impalpable et la plus impérieuse est constituée du regard des spectateurs. L’arbitre, garant de l’intégrité physique des combattants et de la régularité du combat est une sorte de surmoi du cercle des spectateurs, qui tous, savent dans la stupeur et le tremblement qu’ils éprouvent que le combat met en scène une transgression, celle de la violence se donnant en spectacle.

Nous souhaitons explorer aussi ce lieu trouble, équivoque que constitue ce corps assemblé des spectateurs.

Pour ce faire, nous nous proposons de constituer un cercle de spectateurs plus ou moins large selon les rendez-vous, qui sera convié à nous suivre dans notre exploration des trois sports de combat. Viendra qui veut. Ils pourront être des spectateurs du Théâtre de la Commune, de La Revue Éclair ou d’ailleurs. Ils pourront être des amoureux du « noble art » (la Boxe Anglaise). Ils pourront être des apprentis comédiens ou combattants. Ils seront libres de venir une fois ou à plusieurs séances. Il ne sera pas nécessaire d’avoir assisté aux séances précédentes pour prendre le projet (qui durera deux années au moins) en cours.

Au fond, peu nous importe d’où ils viendront : C’est d’abord leurs réactions, leurs regards, leurs émotions, leur souvenirs, leurs connaissances que nous souhaitons arpenter.

Il nous paraît important politiquement de marquer notre curiosité publique pour ces pratiques sportives bien souvent, hélas, considérées comme vulgaires, ignobles, indignes, en inversant le cours normal des choses. Nous ne cherchons pas à faire venir les boxeurs au théâtre, mais à initier des spectateurs de théâtre aux arcanes subtils de ces sports. Bref, à apprendre à regarder un combat, comme on peut apprendre à regarder un spectacle.

Nous voulons ensuite prolonger cette initiation par un travail d’enquête, d’interview, de réflexion collective avec ce groupe.

C’est avec ce matériau échangé que s’écrira le spectacle.

A la fin, les amateurs invités à participer sur scène à la création de la pièce d’actualité seront des pratiquants, mais aussi des spectateurs issus de ce cercle.

Neuf rendez-vous publics seront ainsi organisés afin de donner une première structure à la collaboration entre nous, les spectateurs, et les pratiquants de sports de combat.

Pratiquement, cela se traduira par trois rendez-vous pour chaque discipline.

Un premier rendez-vous sera organisé avec les responsables du club. Il s’agira d’une séance d’explication des règles, des usages, des modes d’entrainements, de l’histoire de leur sport. Ce rendez-vous aura lieu dans le club et comportera une séance d’entrainement public.

Nous essayerons dans la mesure du financement du projet d’organiser des séances d’initiation pratique à la Lutte, à la Boxe, au MMA avec les professeurs des clubs.

Le second rendez-vous donnera la parole aux combattants que le cercle suivra lors d’une compétition ou d’un gala afin de voir s’affronter en connaissance de cause ceux qu’ils auront vu s’entrainer.

Le dernier rendez-vous sera notre tour de parole. Sébastien Derrey, Corine Miret Stéphane Olry, présenteront au cercle des spectateurs, aux membres des clubs et à qui cela intéressera, les textes, les musiques, les danses, que leur auront inspiré ce commerce entre le cercle de spectateurs et les pugilistes. Ce dernier rendez-vous aura lieu de préférence dans les clubs, et par conséquent sa mise en place se devra d’être extrêmement simple et dépouillée, avec pour seuls protagonistes les trois Corine Miret, Sébastien Derrey, Stéphane Olry.

D’autres rendez-vous de travail, plus restreints auront lieu au Théâtre de la Commune entre la communauté du cercle des spectateurs et les trois artistes. Afin que ces séances de travail soient fructueuses, une banque de données, constituée de textes de référence, de traduction de travaux de sociologues ou de philosophes, de liens vers des vidéos de combats, ou tout autre document utile est en cours d’élaboration.

L’amplitude maximale du cercle aura lieu lors de la présentation de la pièce d’actualité répétée pendant trois semaines avec trois interprètes professionnels et six amateurs. La pièce sera donnée douze fois au Théâtre de la Commune.

boxeuseSounil pour site@stéphaneolry /Boxing Beats d’Aubervilliers

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