Une grande écritoire

Le bois de Vincennes, c’est le lieu où je retrouverai l’enfance à volonté. Ici, on peut faire le tour du monde en barque. Le bois de Vincennes sera une grande écritoire. J’y noterai mes promenades sans but, la chronique de mon habitation au printemps 2016, mes rêves, tout se qui se passera pour moi dans ce bois, ou ne se passera pas. Le bois de Vincennes est un lieu où il est si facile de ne rien faire, ou si peu.
Dans le bois de Vincennes on vit dans l’innocence car rien n’y a de conséquence. Tout y est possible. Tout y est suspendu. Tout y a déjà eu lieu. Tout est inutile, essentiel, mais rien n’y est décisif. Tout est fini.
La ville gronde, tonne au loin. Elle nous rappelle le courant du monde. Le bois est encerclé. Parfois, le ciel s’y couvre de nuages. Il faut chercher un refuge. Payer. Car oui, ici tout est possible, mais rien n’est finalement gratuit. « Deux euros le café » informe la mère de famille à sa fille à la table plastique à côté. « Deux euros pour un café dans un gobelet en plastique, c’est pas donné » insiste-elle. La petite fille acquiesce, « ah oui, c’est pas donné. »
L’eau du lac des Minimes effleure, jamais il ne déborde, car jamais le bois de Vincennes ne pleure.
Le bois de Vincennes est couvert de déchets plastiques ou organiques dont les municipaux s’emparent avec des pincettes.
Regarde ce cycliste en tenue lécher son cornet de glace.
Ecoute le roulement régulier de la machine à granitas.
Sent le parfum des feuilles qui meurent.
Trempe ta main dans l’eau du lac.
Deviens un canard aux jours tous semblables.
Reçois sur ta peau les gouttes qui glissent des feuilles tremblantes.