Les blogs des habitants du bois

Les blogs des habitants du bois

La Revue Éclair, associée au Théâtre de l'Aquarium pour trois ans, a proposé à quatre artistes d'explorer  le bois de Vincennes durant une saison astronomique chacun .
rencontre revueeclair
  Voici le journal de chacun de ces quatre habitants du bois.
 
-Johnny Lebigot - plasticien- habitant du bois en hiver 2015
-Jean-Christophe Marti - compositeur - habitant du bois en été 2015
-Corine Miret -danseuse- habitant du bois en automne 2015
-Stéphane Olry -auteur- habitant du bois au printemps 2016

Ce Blog contient aussi leurs journaux d'exploration du bois, antérieurs ou postérieurs à leur habitation dans le bois.

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Blog de Jean-Christophe Marti, 2ème habitant du bois

JCM blog

Scène 9 (et dernière). Una fiesta secreta

Scène 9 (et dernière). Una fiesta secreta

Mina M. ne porte jamais de bas. Ses jambes minces sont douces, elle les nourrit chaque soir avant de partir au bois, comme elle irait aux plages « de Leme à Pontal », avec du lait de karité. Jany R. coiffe ses mille cheveux de jais en frange inégale, ses cheveux d’Indienne d’Amazonie. Maria N. ne portait que des jupons blancs satinés. « Miss satin » je l’appelais avec l’accent anglais, elle brillait toujours dans l’ombre, elle s’y coulait comme un boa de tissu frais.

Ce soir des jeunes gens sont venus avec leur sound system de fortune. Ils passent fièrement en faisant grésiller dans le noir George Michael et Elton John. Ils ont seize ou dix-sept ans, des cousins. Ils viennent de banlieues lointaines, Grigny-Goussainville. Et comme nous, il connaissent le point de non-retour : plus de métros ni de bus passé minuit et demie ! On appelle ça la Ligne de l’Equateur. Le moment de bascule après lequel les garnements découchent. Comme par hasard, nous voilà tous coincés dans la contrée noire du bois. A nous au moins jusqu’à cinq heures du matin.

Ça a commencé au carrefour entre l’Allée de la Reine Marguerite et la Route de la Grande Cascade. Les copines qui sont à la Croix Catelan sont arrivées en bataille, décoiffées, déchaînées, elles chantaient à tue-tête Un, Dos, Tres, Maria ! du ténébreux Ricky Martin (celui-là, tous au bois savaient ce qu’il révélerait quinze ans plus tard dans son coming out !) L’une d’elles prétend qu’un footballeur mondialement célèbre lui a donné des billets sans compter, des dizaines, Soy una millonaria, mi madre !

— Tu ? tu eres una pequena puta !

— Pequena ? soy una graaaanda puta !

Je suis allé chercher Jany R., postée sur la Route de la Vierge aux Berceaux. Quand on est revenus bras-dessus bras-dessous le carrefour était déjà complètement envahi. Les copains des cousins s’étaient multipliés par vingt, trente, cinquante, et arrivaient aussi les acompanantes, les garçons sud-américains qui apportaient la nuit aux travestis des sandwichs et du vin dans des bouteilles en plastique. Puis la camionnette d’un Pakistanais qui fait ses affaires vers Boulogne arrive tous feux allumés, décoré de guirlandes féériques, le four à pizza en surchauffe : cette nuit boissons gratuites ! Des camionneurs costauds venus en renfort de la Porte Maillot garent leurs engins tout au long de la route. On se retrouve à deux-cents, et les automobilistes effarés qui freinent on les entoure, on les embrasse par la vitre baissée, avec le diagnostic express de l’une des diva : Qué grannnde ! no puedo imaginar ! mi culo ! el pooobre !

Et là, incroyable : une panne d’électricité totale. Plus un réverbère. Une clameur. La lune apparaît. Des bougies s’allument. Des briquets. Mina M. fabrique une torche de fortune avec des mouchoirs, des préservatifs gonflés sont des ballons, un camionneur apporte un fût et de quoi lancer un barbecue. Des dizaines de saucisses et de côtelettes arrivent par miracle. Et le Pakistanais sort son bloc électrogène, la sono commence à hurler le tube majeur de l’année, Killing me softly. Les talons tournoient sur les têtes, Maria N. crie attention à mon collier les filles, j’assomme el mundo, moi ! On se met en ronde, au centre un des jeunes fait sa virevolte hip-hop, acclamé, puis on se rapproche et on danse, serrés comme une tribu sous les branches du printemps. On monte avec Soca dance vaguement brésilien, et l’inévitable Chico Buarque ressuscité par une pub, Essa moça ta diferente. Le Carrapicho Tic, tic tac ! « Bate forte o tambor galera ! Amazonas rio da minha vida !… »

Il y avait là aussi les Tahitiens. De vraies splendeurs métisses de Gauguin, toujours très calmes, qui oscillaient à peine sur leurs talons aiguilles pour danser. Et un vieux coquin marocain, qui ne savait que dire de sa voix de fumeur « je suis un travesti » en montrant l’ourlet de sa robe de soie noire — comme si quiconque en doutait !

Maria N. me prend la main. Nous dansons sur les feuilles mortes, sur les jeunes pousses piquantes. La rosée vient.

And he was this young boy, a stranger to my eyes…

Mi hermooosa ! Te alimentas de esperma ahooo !

Telling me my whole life with his words… Amor ! mi querida, cual vestido!

Killing me softly with his songs… Mis tacones, ahi son perdidos !

— Et l’aube, hein, l’aube ? elle était bien blafarde, hein ? elle s’est bien levée sur vos visages livides, avec les poils de barbe qui repoussent et les remords d’avoir gâché votre existence éphémère ?

Non, l’aube était d’une pureté inespérée pour avril. Nous avons hélé des taxis sur la Place Dauphine. L’avenue Foch vide, comme une plage à marée basse au premier jour du monde déroulait son tapis d’onyx jusqu’aux Champs. Le buste de Wimille (Paris 1908 - Bosques de Palermo, Buenos Aires, 1949) riait de nous voir nous appuyer les uns aux autres. Oui au fait, ça existe les taxis ! Mais le problème, c’est les chauffeurs, enfin, certains, ceux qui te prennent (par hasard) au bois. Ces types, comment dire ? qui éteignent volontiers le compteur, si on leur promet… si on leur fait… je t’assure, en toute bonhommie, en « bons pères de famille »…

Alors que là, à six heures du mat’, et avec nous quatre hilares sur les sièges arrière !…

Le ciel était bleu comme un miroir revigorant et l’hôtel, cafés et croissants tièdes, nous avons dansé encore. Et encore.

Des fois, je sens dans mon corps que le temps n’est pas grand chose : juste une épaisseur. Assez mince. Calomniée, exagérée. Si je la secouais un peu fort, comme il faut, si je voulais vraiment m’en débarrasser — mais elle m’a apporté celles et ceux que j’aime aujourd’hui, Jeanne, princesse, Miya notre amour, Cassandra, et lectures et films et plateaux des théâtres et philosophes et amis et traversées musicales et tous ces temps perdus, tout ce que j’aime et pourquoi je veux continuer à vieillir — sans doute qu’en tombant de mes articulations et de ma cervelle, elle ferait un rien de poussière au sol. Et là vous réapparaîtriez très vite, Mina M., Jany R., Maria N., oiseaux de feu moqueurs qui aviez état civil et formes d’aventure, venues de continents lointains jusqu’à ces bois, cornettes, griottes, aborigenes militantes, dispensatrices d’amourettes en étoiles, belles malades aux cernes sépia quand l’hôpital isso de uma disgraça s’ouvrit sur vous et se referma, au moins vous dessineriez-vous comme les belles ombres cendrées de cette comédie musicale que j’aime, Tout le monde dit I Love You. Et alors, quoi ?

On s’interpellera d’un trottoir à l’autre, incorrigibles inclassables amies, grâce à vous nous serons toujours aussi futiles, partants, pudiques (la vraie pudeur, celle où rien ne va pour la hipocresia maldita), on sifflera en admirant une descente de reins, la forme préhistorique et vaillante de nos sexes, visibles et invisibles, la vigueur et le secret inexpugnable de nos désirs d’enfants. Et, je vous le promets, bien sûr, on dansera.

« Celebrar en secreto,

Cantar o llorar en publico

para la eternidad del tiempo breve

el « drag requiem »

para ustedes, con el Phenix y la Paloma, y Orlando, y Falstaff, y As You Like It, y Eustache, y Lemebel…

… y con os todas. »

Blog de Corine Miret, 3ème habitante du bois

corine miret

La ronde de Corine au bois

Texte de la chanson à danser écrite par Marie Blaise et Corine Miret pour l'Au revoir au bois de Corine

(à danser et chanter sur l'air et les pas d'un an dro breton)

La ronde de Corine au bois

de Marie Blaise et Corine Miret

C’était dans le grand bois, du côté de Vincennes (bis)

Que Corine la Miret, avait eu 7 envies (bis)

Et ces envies d’ailleurs, on va vous les conter

Refrain (deux fois)

Et c'est au bois, à Vincennes à l'Aquarium

Et c'est au bois que l'on danse ensemble

Elle a dansé des rondes, avec des invités (bis)

Et le satyre cornu, en a bien profité (bis)

Il lui a fait danser le jabadao du diable

Refrain (deux fois)

Quand elle est revenue de la ronde endiablée (bis)

Elle a voulu aller à l’Université (bis)

Mais il n’en restait rien, elle était bien rasée

Refrain (deux fois)

Près du lac des Minimes, quand minuit a sonné (bis)

Tout en blanc les Willis, se sont mises à danser (bis)

Et avec l’ami Jean, elle les a admirées

Refrain (deux fois)

Elle arpentait les stades, et les plaines de jeux (bis)

Admirait les sportifs, discutait avec eux (bis)

Pendant qu’elle discutait, les abeilles butinaient

Refrain (deux fois)

Au milieu de l’automne le bois s’est embrasé (bis)

Couleurs de feu de sang tout à terre est tombé (bis)

Et nous on veut danser, et nous on veut chanter

Refrain (deux fois)

Blog de Stéphane Olry, 4ème habitant du bois

stephane olry

une semaine d'exploration du bois de Vincennes avec Corine Miret : le journal-photo

corine ongle de crustacepoursite

Corine Miret a invité qui le voulait à la suivre durant une semaine dans son exploration du bois de Vincennes.

Voilà les photos prises lors de ces explorations.


lundi 19 octobre 2015. Rendez-vous à 8h30 sur l'anneau cyclable avec Hubertus Biermann et ses amis cyclisteshubertus et son copainpoursite

Ensuite nous nous avons suivi Corine dans sa promenade dans les lieux sportifs du bois.

plan mural polygonepoursite

le Tennis-Club de la Faluère (géré par la Ville de Paris)

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le Club Olympique Vincennois où la dame qui tient la buvette (Aux Deux Ballons) nous offre un café pour nous réchauffer. Elle est à la retraite, bénévole, et dit : "Pendant un an je n'ai pas pu venir faire à manger pour les gamins. C'était horrible. Je ne savais plus quoi faire de moi".

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La médiathèque de l'Insep :vitre mediatheque insep boxeurpoursite

et l'iconothèque de l'Insep

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Mardi 20 octobre 2015. Sortir des chemins.

D'abord, consulter une carte :consulterunecarte recadrepoursite

Dans le bois on trouve de mystérieuses inscriptions. Elles indiquent des rendez-vous éphémères.

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Nous ne les suivons pas, mais emboitons le pas à Corine et marchons jusqu'au sommet du bois : la butte aux canons.

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Ensuite nos pérégrination nous mènent en vélib au Tennis-Club de Joinville. Nous dégustons la soupe de légume du jour au restaurant : Face au Tennis.

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Nous prennons le bus 112 pour nous rendre dans le boulodrome sis avenue de la Dame Blanche à Vincennes.

Excellente adresse pour jouer aux cartes, aux boules, au billard en buvant un verre dans la désuète ambiance du pavillon Armand.

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horloge boulodromepoursite

feutre table jeupoursite


Mercredi 21 octobre 2015 : On a dansé dans les clairières en compagnie de Marie Blaise, danseuse.marie blaisepoursite

Nos rondes dans les clairières du bois demeureront secrètes : ce jour-là l'appareil de l'opérateur n'avait plus de mémoire.rondepoursite


Jeudi 22 octobre 2015 : Wilifride, Jean, Giselle et les Willis.

Jean Guizerix, danseur étoile de l'Opéra de Paris est venu nous raconter son duo à la vie et à la scène avec Wilfride Piollet.

corine table tutu recadreepoursiteNous nous rendons au bords du lac des Minimes. Là, il nous raconte son interprétation de Giselle. corinejeanpoursite
Il raconte et esquisse des pas pour nous faire traverser ses souvenirs. La nuit se pose tranquillement sur son récit.Jean Minimespoursite


Vendredi 23 octobre 2015 : nous partons à la recherche des vestiges de la fac de Vincennes. Nous sommes en compagnie de Claude et François Dorian - étudiants en urbanisme à la fac de Vincennes de 1969 à 1972carte sur tablepoursite


Samedi 24 octobre. Au rucher de l’arboretum de l’École Du Breuil.allee arboretumpoursite

Un tendre soleil nous accompagne ce matin d'automne.

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Indolentes abeilles nous butinons les informations sur la vie des abeilles auprès de Lorraine Félix et de Cédric Diot.cedricpoursite

cindypoursite

deux butineusespoursite

dominiquepoursite

butineurpoursite

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Dimanche 24 octobre : se déguiser pour arpenter le bois.

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D'abord se faire beau pour la promenade dominicale.domcorinedanseusespoursite

Se faire remarquer dans la Cartoucherie.

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Arpenter le polygone en procession.

Y rencontrer sept équipes de foot tibétaines, des pilotes de drones, des équipes internationale de Quiddichla mort rose garde les butspoursite

dialogue au polygonepoursite

pilote de dronespoursite

Et rentrer au coucher du soleil dans l'aquarium pour y boire le thé.sarah et le monstrepoursite

laure en diablepoursite

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