Revue de presse de Treize semaine de vertu, en 2007 au Festival d'Automne à Paris, en tournée en 2008/09
La Terrasse
Critique/ Treize semaines de vertu
Espièglerie ludique pour un sage exercice, le récit singulier par
Stéphane Olry de l’expérimentation des treize semaines de vertu de
Benjamin Franklin. Programme ambitieux mais réussi.
À l’origine des Treize semaines de vertude Stéphane Olry, une commande
du Château de La Roche-Guyon pour la célébration du tricentenaire de la
naissance de Benjamin Franklin. Rédacteur de la première Déclaration
des Droits de l’Homme, Franklin est l’auteur d’un exercice de treize
semaines à fin de vertu. Une mise en pratique régulière dont il donne
le mode d’emploi. Et puisqu’il s’agit d’une sorte de « body-building
del’âme», les fameuses vertus sont classées par ordre de difficulté :
sobriété, silence, ordre, résolution, économie, application, sincérité,
justice, modération, propreté, tranquillité, chasteté. Prévenant
l’accusation de présomption, on y rajoute l’humilité. Des qualités
martiales, républicaines et laïques, proches de l’éducation même
d’Olry, aidé par Frédéric Révérend, un savant garde-fou avec lequel il
prend rendez-vous pour des échanges téléphoniques. C’est un voyage au
long cours dont les relations amicales et professionnelles peuvent
souffrir.
Ton de confidence pudique à travers les notations les plus banales
Avec Mathias Poisson qui illustre corporellement le propos, Olry
décline son aventure à sa façon méthodique et désuète, distante et
ironique, dans l’espace intérieur d’un bureau de travail, avec carnet
et ordinateur, face à un public d’amis, les spectateurs. Des détails
quotidiens étayent la progression de l’expérience, Olry fait
l’inventaire des états privés d’une vie réglée : « J’aime faire les
courses, remplir le réfrigérateur…» Le patient s’en abstient désormais,
lors de sa semaine de sobriété. Quant à celle du silence, il décide de
ne plus intervenir aux séances de la Coordination des Intermittents du
Spectacle, n’écoute plus la radio et dort la fenêtre ouverte pour
écouter les bruits de la ville. Ce qu’aurait tant aimé Corine Miret,
collaboratrice artistique et épouse d’Olry dont on apprend
mélancoliquement la séparation. Ils auraient pu vivre ensemble
longtemps encore dans un château dont chacun aurait occupé une aile.
Mais qui peut acheter un château ? C’est ce ton de confidence pudique à
travers les notations les plus banales qui font la force de ce
témoignage inclassable. Des moments de saveur existentielle partagée,
des instants où chacun se reconnaît dans cette vie de tous les jours,
modeste et grandiose. Une façon d’être qui s’oppose aux vertus
bruyantes et spectaculaires de nos temps, l’humour, la séduction, le
dynamisme, la créativité, la flexibilité, l’autonomie, le brio …
Astucieux.
Véronique Hotte - octobre 2007
Télérama
Stéphane Olry s'est imposé les exercices spirituels préconisés par Benjamin Franklin. Pas de tout repos !
Sur répondeur, il donne le ton : « Olry, Stéphane, Gaston, Pierre,
16/11/62, Paris 75, n'est pas disponible... » Sobre, perspicace,
incongru sans forcer, un peu comme il est sur scène. A l'heure où on
l'appelle, Stéphane Olry est sans doute en répétition de ses Treize
Semaines de vertu. Ou affairé à quelque autre occupation, qui un jour
prendra peut-être la forme d'un spectacle de sa façon. Comme cela lui
est déjà arrivé lorsqu'il est tombé sur une série de cartes postales
énigmatiques ; ou encore lorsqu'il a croisé des supporters de l'AS
Saint-Etienne, encore imprégnés du presque exploit footballistique d'un
certain 12 mai 1976 (Allez les Verts). Et chaque fois, avec ses
complices de la Revue Eclair, Stéphane Olry tricote avec du vécu,
n'ayant, dit-il, pas une grande expertise en matière d'invention ex
nihilo.
Il en a cependant eu suffisamment pour transformer en expérience peu
commune une commande qui lui a été passée à l'occasion du tricentenaire
de Benjamin Franklin (1706-1790). Le philosophe, physicien, corédacteur
de la première déclaration des droits de l'homme, avait mis au point un
programme très particulier sur treize semaines, à appliquer
annuellement dans l'espoir de « parvenir à la perfection morale ».
D'où ces Treize Semaines de vertu. Au menu, sobriété, silence, ordre,
résolution, économie, application, sincérité, justice, modération,
propreté, tranquillité, chasteté et humilité. Ce « body-building de
l'âme » (canal laïque), Stéphane Olry se l'est appliqué à lui-même,
dans sa vie quotidienne, entre le 7 mai et le 5 août 2006, « coaché » à
distance par le théologien et dramaturge Frédéric Révérend. A ce
régime, il a perdu 13 kilos, levé quelques lièvres existentiels, édité
un journal de bord (1) et créé une conférence-spectacle intime,
scrupuleuse, drôle par ricochet.
Tout a fait sérieux dans ses Birkenstock et son costume de lin beige,
Olry rapporte. Il rapporte comment il remplace ses tartines de beurre
salé par des biscottes nature, se débarrasse de son addiction à la
radio, s'impose de se taire durant les réunions de la coordination des
intermittents, s'inquiète des conflits d'intérêt entre sincérité et
justice... L'homme vertueux, selon Franklin, est-il aimable ? Pas sûr !
Serait-il viable au XXIe siècle ? Encore moins sûr...
Cathy Blisson
Telerama n° 3014 - 20 octobre 2007
Le Nouvel Observateur
On y court
Olry a des vertus
Et si l'autobiographie théâtrale devenait un genre à part entière ?
Apres Philippe Caubere, mais en plus bref (une heure); c'est à cet
exercice que se livre Stéphane Olry avec ces «Treize Semaines de
vertu», d'après Benjamin Franklin. Soucieux de discipline et du bien
commun, le père de l'indépendance améri caine, par ailleurs imprimeur
et inventeur de l'harmonium de verre, avait conçu, pour s'y soumettre,
une suite d'ascèses : «Sobriété, silence, ordre, résolution, économie,
application, sincérité, justice, modération, propreté, tranquillité,
chasteté, humilité.»En résidence au château de La Roche-Guyon, où vécut
La Rochefoucauld, autre grand moraliste, le comédien metteur en scène
Stéphane Olry a décidé d'essayer ces «Treize Semaines de vertu» avec
pour guide spirituel le théologien Frédéric Révérend. Une longue et
rude traversée dont il a tenu le Journal(Editions de l'Amandier).Pour
son spectacle hors normes, Stéphane Olry a travaillé un peu à la
manière des artistes du body art,mais sans s'exhiber pour autant. Dans
un registre proche du théâtre de salon, il se fait le conteur de son
voyage au pays des vertus. Et comme tout un chacun, parfois lassé des
fausses valeurs de l'air du temps, se préoccupe un jour ou l'autre de
s'aguerrir contre elles, l'aventure de Stéphane Olry nous touche.
D'autant qu'il s'est adjoint un jeune acolyte, Mathias Poisson, qui
illustre en contrepoint chaque scène de façon loufoque mais en restant
absolument impassible. Le voici qui prend la mesure de l'avant-bras de
Stéphane Olry, curieusement identique à celle d'un carreau de fenêtre,
ou qui se met à danser comme un déjanté sur l'air de «J'aime les
filles» au chapitre «chasteté». Les amateurs de spectacles singuliers
apprécieront.
«Treize Semaines de vertu» de Stéphane Olry, d'après Benjamin Franklin,
Festival d'Automne à Paris, Archives nationales Hôtel de Soubise, du 24
octobre au 3 novembre (01-53-45-17-17) et en tournée
Odile Quirot
Le Nouvel Observateur - 2241 - 18/10/2007
Libération
"Treize Semaines» du tonnerre
Théâtre. A Montluçon, un spectacle en forme de clin d’œil à Benjamin Franklin.
C’est au château de la Roche-Guyon, dans le Val-d’Oise, que Stéphane Olry a répété et présenté, à l’invitation d’Yves Chevallier, conservateur des lieux, Treize Semaines de vertu, spectacle en forme d’hommage et de clin d’œil à Benjamin Franklin, dont on a fêté l’année dernière le tricentenaire de la naissance.
Imprimeur, inventeur, philanthrope, philosophe, le premier ambassadeur en France de la jeune république américaine est aussi l’inventeur d’un exercice où il se propose, en treize semaines, de mettre en pratique les vertus qui lui semblent essentielles : sobriété, silence, ordre, résolution, économie, application, sincérité, justice, modération, propreté, tranquillité, chasteté, humilité.
Avec la complicité de Frédéric Révérend, acteur et dramaturge, Olry a imaginé de revivre, «entre le dimanche 7 mai et le dimanche 6 août 2006», l’exercice imaginé par Franklin. Son spectacle, qui prend la forme d’une causerie de salon, s’appuie sur le journal qu’il a tenu durant l’expérience. Et sur les instructions imaginées par Frédéric Révérend. Son récit oscille entre sérieux et loufoque, leçon d’histoire et confession, anecdotes et aphorismes.
L’heure passée en sa compagnie est délectable, d’autant que le public est, à l’occasion, sollicité, même si les textes ne sont pas tous à la hauteur du projet, ni des citations de Franklin, qui écrivait par exemple, à propos de la justice : «Ne nuisez à personne, soit en lui faisant du tort, soit en négligeant de lui faire le bien auquel vous oblige votre devoir.»
René Solis
Libération 17 octobre 2008
Le Pays - Belfort
Michel Grivet
14 février 2009
Critiques et coups de cœur
Granit : voyage au pays des vertus
C'est un peu ça le Granit, une fois Sade et la vertu mise à mal. Une fois les bonheurs de la vertu avec comme spectacle édifiant "Treize semaines de vertu". Plus qu'un simple spectacle, il s'agit du témoignage de Stéphane Olry qui a pratiqué treize vertus, une par semaine, du 7 mai 2006 jusqu'en juillet. Sobriété, silence, ordre, résolution, modération, propreté, tranquillité, chasteté, humilité, économie, application, sincérité, justice. Homme de théâtre original, amoureux des formes brèves, Stéphane Olry a trouvé ces vertus dans les Mémoires de Benjamin Franklin. Des vertus très laïques et républicaines qui correspondent bien au philosophe franc-maçon, père de la Révolution américaine de 1776 et rédacteur de la première déclaration des Droits de l'Homme.
Des valeurs dont Stéphane Olry était déjà plus ou moins imprégné durant son enfance marquée par une éducation martiale. Cette expérience philosophique est devenue un spectacle à l'occasion du tricentenaire de la naissance de Franklin. Il doit se dérouler dans un salon, en l'occurence le Fumoir du Granit, comme à l'époque des Lumières. Stéphane Olry lit le journal qu'il a tenu durant treize semaines à l'affut du moindre tressaillement de son corps et de son esprit. D'une voix naturelle et personnelle sur le ton d'un simple compte-rendu. Sur le chemin de la vertu, il s'était entouré d'un guide confesseur en la personne de Frédéric Révérend, un de ses amis, véritable démiurge (théologien, dramaturge, comédien, metteur en scène, auteur…) Sur scène, il est accompagné par Mathias Poisson, sorte d'alter ego qui illustre et allégorise les vertus. Celles-ci s'affichent sur les luminaires et les spectateurs deviennent les militants de la vertu en brandissant eux-mêmes des pancartes. Pour arriver à quoi? Le journal intime prête à la réflexion et au sourire devant les multiples contraintes que le narrateur s'est imposées. Simple biscotte au petit-déjeuner; diète verbale et silence radio; promenade au marché sans porte-monnaie; port de la toge comme Jésus ou Socrate vêtus de lin blanc et de probité candide; observance à vélo des feux rouges, ce qui libère le cerveau de pensées inutiles; chasteté non désuète ni revêche mais où la rareté s'apprécie comme un luxe. Pour arriver à quoi? A la perfection morale? A l'Homme nouveau? Au bonheur? Au poids idéal puisque Stéphane Olry dit avoir perdu treize kilos? A chacun de se livrer à la même expérience à moins que l'on préfère tenter les vertus modernes : la séduction, le dynamisme, la créativité, l'ambition, la convivialité, la flexibilité etc.
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