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dossier Les Arpenteurs

dossier Les Arpenteurs
En 1792,
l’Assemblée constituante décida d’envoyer deux astronomes pour mesurer le méridien de Paris afin d’en déduire la dimension exacte du mètre universel, valable en tout temps, pour tous les peuples . Une première expédition conduite par Méchain partit de Barcelone, une seconde dirigée par Delambre partit de Dunkerque. Les deux savants devaient se retrouver un an plus tard au centre de la France.
L’entreprise connut bien des vicissitudes : émeutes, accidents, erreurs de calcul, falsification des résultats. Le travail des deux arpenteurs dura sept ans. Il produisit un mètre-étalon qui –quoique faux de 0,2 millimètres- est celui que nous utilisons quotidiennement.
Aujourd’hui,
La Revue Éclair envoie six explorateurs arpenter chacun une fraction de cette ligne commune imaginaire. Chaque arpenteur a pour mission de rapporter une relation concrète de la fraction de la France qu'il lui est échue de parcourir.
Je ne me propose pas ainsi de redécouvrir une mesure universelle, une ligne droite, une hiérarchie. J’espère au contraire découvrir les singularités de chacun dans son lien qui le relie au pays qu’il traverse, aux inconnus qu’il rencontre, à moi, et aux autres arpenteurs. J’espère voir ensuite apparaître l’arborescence des liens – discrets ou  têtus- qui nous rassemblent aujourd’hui.
Je fais le pari qu'en tissant les fils des regards singuliers de chacun, je pourrai cartographier une utopie, dont la référence ne serait pas un calcul froid et objectif, mais l'émotion qui rassemble ici et maintenant les êtres qui habitent ou  traversent ce pays.
Après le retour du dernier arpenteur  me propose d'écrire la geste commune de ces quêtes personnelles et d'en donner un spectacle.

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La ligne
Pourquoi arpenter à nouveau ce lieu de mémoire fantomatique, cette ligne impalpable n’apparaissant que sur les cartes du dix-huitième siècle , matérialisée seulement de ci de là par de rares panneaux annonçant la Méeidienne verte ?
Qu’est-ce que j’espère mesurer de neuf dans ce néant géographique, ce non-lieu que constitue le méridien de Paris?
En fait, rien.
Ce qui m’attire dans ce méridien, c’est qu’il ne s’inscrit pas physiquement, mais indique une direction, claire, impérative, précise. Pour suivre cette ligne, il faut inventer son chemin. Apparaît alors dans cette invention quelque chose d’unique, et qui me fascine : le rapport singulier de chacun avec l’univers qui l’entoure.
Comment six personnalités diverses s’empareront chacune d’une fraction du territoire national, l’appréhenderont, s’y déplaceront, y commerceront avec les inconnus qu'elles rencontreront ? Quelles seront leurs vicissitudes, comment y feront-elles face, quelles seront leurs attitudes singulières ?
Une réalité commune –inconnue, inimaginable, ou si évidente que nul  n’y prête aujourd’hui attention- apparaîtra-t-elle à travers ces relations de voyage ?

Le cahier des charges
En collaboration avec moi, un cahier des charges de son voyage est conçu par chaque arpenteur. Il correspond à ses goûts, ses curiosités, les zones de lumière ou d’obscurité qu’il souhaite explorer -qu’elles se situent sur le territoire ou en lui. Il devra le plus honnêtement s’y conformer, mais aussi arpenter les limites de ses désirs ou de ses peurs. Dans ce sens, ce travail d’arpentage constitue une manière  d’exercice spirituel. Il prolonge l’exercice de vertu inventé par Benjamin Franklin que je pratique régulièrement depuis 2006 et qui a donné lieu au spectacle Treize semaines de vertu. L’essentiel n’est pas de réaliser un exploit physique ou moral en suivant le méridien : -rencontrer le plus d’inconnus possible, ou montrer comment on s’oriente habilement dans l’obscurité par exemple. L’objectif de chacun des arpenteurs est au contraire de savoir accueillir l’imprévu, l’accident, et grâce à son cahier des charges de questionner le rapport au monde qui est le sien : comment il échange avec le monde et comment celui-ci lui répond. Idem, l’arpentage ne vise pas à valider une hypothèse quelconque concernant la France (les français sont inquiets, le moral des ménage est en hausse, les inégalités se creusent, les gens sont méchants ou gentils, racistes ou tolérants, il y a des lieux de résistance formidables etc), mais au contraire de pousser l’expérience dans ses limites pour savoir ce qu’il en est des choses dans la pratique.


Le Graal
Le méridien comme le cahier des charges,  ne contiennent aucune vérité, ce sont pour moi uniquement, au sens photographique du terme, des révélateurs.
Qu’est-ce que cette expérience six fois renouvelée révèlera sur le rapport que chacun entretien avec un chemin à inventer, une mission à remplir, une histoire à raconter ? Quel monde apparaîtra sous cette loupe que chacun promènera sur cet objet commun, banal, pratique qu’est une carte de France ?  Je n’en sais rien aujourd’hui et souhaite me préserver de tout préjugé à cet égard.
En revanche, je sais que le rapport singulier que je vais entretenir avec les arpenteurs posera la question politique d’une autorité  régissant certes un travail –l’arpentage- mais aussi le mode de vie de l’arpenteur durant sa mission. Ce magister moral, cette direction de conscience comme on disait au dix-huitième siècle, n’est pas le moindre des défis de ce projet. Surtout si on songe que ces récits, ces confessions, me seront confiés afin que je les ré-écrive, les traduise, les trahisse, les travestisse, pour en tirer ce qui en constituera à mes yeux la substantifique moelle. Là encore, c’est l’expérimentation qui nous apprendra là où nous en sommes quant aux relations de subordination, de coopération, d’invention, d’émulation, d’abandon, de confiance qui s’établiront ou non entre chaque arpenteur et moi, mais aussi entre les membres du cercle des arpenteurs.
Il faut dire qu’à cet égard, nos prédécesseurs de la révolution française sur le méridien nous offrent une belle leçon d’humilité : leur arpentage ne se déroula pas selon le plan régulier qu’ils avaient envisagé, loin de là. Et le mètre universel qu’ils publièrent est loin de posséder la limpidité dont rêvaient les savants du Siècle des lumières.
En revanche, il permit d’abord de montrer les caractères bien différents de Méchain et Delambre et révéla ensuite la fraternité qui unit, au-delà de la mort, les deux arpenteurs qui travaillèrent des années durant sur la même ligne sans jamais se croiser. (voir annexe 1).
À  l'issue de chaque arpentage, un compte-rendu public rédigé par le voyageur sera présenté dans un théâtre situé sur le méridien. Nous obtiendrons  alors  les premières réponses fragmentaires aux questions posées plus haut.

Les arpenteurs arpenteront. Durant leurs arpentages, je resterai immobile à Paris, pour recevoir leurs rapports, et les aider dans la mesure de mes capacités à résoudre les questions pratiques ou artistiques qu’ils se poseront durant leurs tribulations.
Restera cependant encore pour moi au retour du dernier arpenteur à affronter une question aussi inquiétante que fascinante : celle de la possibilité d’un travail en commun, ou plus précisément de parvenir par l’écriture à conjoindre les intérêts particuliers de chacun (les tropismes de chaque arpenteur, les expériences qu’il aura vécu, mon désir d'écriture), dans ce que j’appelle une geste, c’est à dire un récit commun bâti sur des aventures singulières, comme –toute modestie mise à part- la quête du Graal rassemble les aventures particulières des chevaliers rassemblés autour de la table ronde.
Quel mode de travail s’inventera alors? Sera-t-il possible, souhaitable,  d’envisager que les arpenteurs participent à un titre ou à un autre à ce spectacle ? Parviendrai-je à écrire de l’extérieur une expérience vécue par d’autres de l’intérieur ? Que signifient encore dans le théâtre  tel qu’il est aujourd’hui ces termes : « travailler ensemble » , "collaborer"?  Et aussi, quel lien parviendrai-je à tisser avec ces inconnus que je n’aurais pas rencontrés et qui auront croisé les arpenteurs ? Quelle carte imaginaire parviendrai-je à tracer à partir de ces paysages (humains, physiques, psychologiques) que d’autres auront traversés pour moi ?
À l’issue de l’expérience serons-nous en mesure de répondre à cette question :  Avons-nous quelque chose à fabriquer ensemble ici en France, en ce début de siècle?


Le cercle
Je me propose donc de rassembler un cercle d’explorateurs. Six arpenteurs venus d’horizons divers  -auteur, compositeur, mathématicien, architecte, danseuse, designer- choisis chacun pour sa différence avec ses collègues. Tous partageant ce goût simple de la marche et la conviction qu’il ne faut jamais faire confiance à une idée qu’on a eu assis. Conjointement avec chacun d’eux, je définis  le cahier des charges de sa mission : quelle portion du territoire il aura à arpenter et aussi sur quel mode. Ce cahier des charges vise à radicaliser la singularité de chacun, à préciser le mode d’échange avec le monde qui lui est propre. Chaque arpentage aura son rythme, et sa durée : certains veulent marcher au long cours, d’autres concentrer leur arpentage sur un point précis, durant une unique journée.
Ce cercle est en cours de constitution : il se pourra que le nombre des arpenteurs excède six : cela dépendra des rencontres et des possibilités qui nous serons offertes. Une myriade de petits arpentages effectués par des voyageurs différents pourra remplacer un arpentage d’un mois d’un seul.
Il va de soi que la nomenclature des arpenteurs et des missions se nourrira des expériences successives des uns et des autres. Nous espérons une confiance mutuelle entre les arpenteurs et moi, -comme entre les arpenteurs- qui soit nourrie non pas de bons sentiments mais d’expériences transmissibles, utiles au sens étymologique du terme, susceptibles de constituer des outils, c’est à dire des objets visant à transformer le réel.
Les arpenteurs
Voici les premiers membres du cercle des arpenteurs ainsi que le résumé de leur cahier des charges. Ils sont présentés par ordre de départ.
Nicolas Kerszenbaum (auteur, metteur en scène) s’est mis en marche le 14 juillet 2009 depuis Dunkerque sur les sentiers en direction de Paris. Le cahier des charges de son arpentage stipulait qu’il devait chaque soir de sa marche être logé par un ami, ou un ami d’ami etc habitant le long du méridien. Nous nous promettons ainsi d’expérimenter ce qu’il en est sur le terrain, de l’amitié, de la fraternité, ou de ce qu’on appelle aujourd’hui les réseaux relationnels.
Corine Miret (danseuse) s'obligera à suivre exactement et également le méridien, sans se laisser arrêter par les murs, les routes, les immeubles qu’elle rencontrera. Elle s’astreindra à laisser sur le sol la trace de son passage, écrivant ainsi une trajectoire lisible du ciel.
Kenji Lefèvre Asegawa (mathématicien, documentariste) interviewera dans un camping-car garé sur le méridien les espagnols, algériens, maliens, béninois (tous originaires de pays traversés par cette ligne).
Jean-Christophe Marti (compositeur) se mettra en marche au coucher du soleil. Sa marche sera un rêve de liberté, une broderie, une fugue le long du méridien, durant laquelle il notera les sons de la nuit.
Loïc Julienne (architecte) montera sur le piédestal vide de la statue d’Arago (qui missionna les astronomes Méchain et Delambre) ; de là-haut il rapportera la description exacte de ce que son regard pourra embrasser.


La mesure
Le but des Méchain et Delambre était de donner une mesure universelle, objective, rationnelle, à l’humanité. Nous essayerons de donner une image de ce qui n’est pas mesurable, et donc impossible à évaluer ; le tremblement, le frisson qui unit des personnes assises l’une à côté de l’autre, et aussi du plaisir, des émotions qui les rassemblent –fugacement, mais aussi de façon têtue- sur un territoire commun.
N’est-ce pas déjà là donner une définition possible du théâtre ou de la politique ?

Le premier arpenteur, Nicolas Kerszenbaum, est parti le 14 juillet 2009. Il présente le compte-rendu de son voyage le 1° octobre 2009 au Théâtre Paris-Villette. Les autres départs s’égraineront ensuite. Le spectacle sera créé à partir de l’automne 2010.

Annexe 1 : Le méridien de Paris / Le mètre universel

Le but des députés en envoyant Méchain et Delambre mesurer le méridien de Paris était de donner à l’humanité une mesure nouvelle, universelle, indiscutable, dégagée du poids des histoires locales. Le mètre universel est une abstraction au sens strict : il n’appartient à personne, il est appropriable par tous. Il ne correspond pas à la taille du pied d’un seigneur, ni à un accord négocié par des marchands entre eux, mais à une valeur naturelle, celle de notre planète. Le mètre mesurera un dix-millionième d’un quart de méridien terrestre. Ainsi chaque paysan pourra dire devant son champ : je suis propriétaire de telle proportion du globe terrestre. Le mètre constituera la base des futurs échanges entre les provinces, puis avec l’ensemble des peuples du monde ; des échanges équitables, vérifiables, certifiés par des étalons. De ce mètre seront déduits tous les poids et mesures : un gramme sera le poids d’un centimètre-cube d’eau. Ainsi se crée l’imaginaire d’une France soucieuse du bien commun de l’humanité, éprise d’échanges, et faisant don au monde de la première mesure universelle. Tel était le rêve d’Arago et de l’Assemblée constituante, à l’instant où s’inventait la nation, et telle fut l’histoire transmise par les instituteurs, évoquant le grand trésor de la République que constituait le mètre étalon en platine conservé comme une relique aux Arts et Métiers.
Les choses ne se déroulèrent pas conformément à leur rêve.
Partis le 23 juillet 1792 (5 thermidor d’un an  zéro qui n’exista jamais), les deux savants avec leur matériel d’observation furent pris pour des espions à la solde des prussiens et manquèrent de se faire lyncher par les foules en émeute. Puis la guerre éclata entre la France et l’Espagne après l’exécution de Louis XVI. Les autorités espagnoles confinèrent l’astronome Méchain dans son auberge à Barcelone durant un an. Celui-ci se mit alors en tête de vérifier depuis le toit de cette auberge les observations qu’il avait déjà effectuées alors qu’il était libre de ses mouvements. Ce scrupule se révéla catastrophique : les deux mesures différaient. Méchain en conçut un doute général sur la validité de ses observations, commença à truquer ses résultats pour les faire coïncider avec ceux qu’il considérait comme acceptables. Il sombra dans une dépression profonde, et retarda au maximum son retour à Paris et la publication de ses résultats. En 1799, le Congrès International des Savants devant lequel devait être produit le mètre universel était rassemblé à Paris. Les délégués attendirent plusieurs mois le retour de Méchain, cloîtré dans son auberge à Perpignan.  Delambre, qui avait triangulé les trois quarts du méridien, alla chercher Méchain dévoré par le doute et l’angoisse. Il le convainquit d’accepter de revenir avec lui à Paris pour publier ses résultats en l’état. Quelques années plus tard, après la
mort de Méchain, Delambre, en consultant les papiers légués par son collègue, découvrit la supercherie de ce dernier. Il décida cependant de laisser les choses en l’état. Un mètre universel avait été déterminé, peut importait qu’il fut exact ou non, l’essentiel était que ses usagers le crussent.
Le peuple français, qui dans les cahiers de doléances avait réclamé l’abolition des mesures locales, accueillit sans enthousiasme le mètre universel. On le découvrit peu pratique, obligeant à changer des habitudes séculaires et surtout dangereux pour les avantages acquis localement. Un spéculateur achetant des terres en Picardie et dans le Berry pouvait comparer terme à terme la productivité de ses paysans, et leur faire subir une concurrence jusqu’alors inconnue. En somme, le mètre détruisait les frontières et ouvrait les vannes d’où allaient s’écouler les eaux froides du calcul égoïste.
L’erreur de Méchain ouvrit aussi des possibles inexplorés. L’objectif des savants du Siècle des Lumières était de parvenir à un accord universel par la révélation des mystères de la nature. L’erreur de Méchain révélait que l’exactitude des observations avait tendance à diverger à proportion de la précision du matériel employé et de l’exigence de l’observateur. Trente ans après la mort de Méchain, on découvrit la méthode mathématique de réduction des résultats au carré qui permet de résoudre ces variations. Accessoirement, on passe ainsi de l’époque des savants (qui savent) à celui des scientifiques (qui cherchent).
Ainsi donc, le mètre universel, quoique faux de 0,2 millimètres (l’épaisseur de deux feuilles de papier), fut adopté par les nations européennes au cours du 19° siècle, puis, avec la colonisation, sur l’ensemble de la planète. Le Royaume-Uni ne s’y est rallié que récemment, abandonnant du même coup le système duodécimal. Les Etats-Unis demeurent l’un des rares pays qui n’utilise pas cette unité de mesure.
On remarquera que sur les cartes actuelles ne figure pas le méridien de Paris. Le méridien Zéro est maintenant celui de Greenwich.

La valeur du mètre n’est plus de nos jours indexée à celle de la longueur du méridien, mais à la vitesse constante de la lumière. Il demeure cependant des avatars  de l’intérêt des contemporains pour ce méridien.

Depuis des années j’observe un panneau annonçant La Méridienne verte  alors que j’emprunte l’autoroute  en direction d’Orléans. C’est le dernier vestige du projet de l’architecte Pierre Chemetov afin de célébrer le passage à l’an 2000. Il imaginait une ligne d’arbres plantés le long de la ligne immatérielle, comme autant d’arbres de la Liberté sous lesquels pique-niqueraient les citoyens le 14 juillet du nouveau millénaire. Finalement, les rares alignements d’arbres plantés en octobre 1999, encore bien chétifs neuf mois plus tard, ne produisirent pas l’effet voulu. Le seul résultat tangible de ce grand projet fut des images prises par hélicoptère des communes où il se trouva assez de vacanciers acceptant de s’aligner sur le méridien durant leur pique-nique et poser pour le journal de 20h.
Apparemment, l’idée généreuse d’un geste universel se trouva un peu déçue et pieusement rangée à côté des autres icônes de la république : portraits caduques de présidents, bustes des Mariannes successives.
Mais la nécessité d’une mesure universelle demeure : ainsi donc, la sonde spatiale Mars Climat Orbiteur s’est-elle écrasée sur la planète qu’elle était supposée observer à cause d’une erreur de programmation de son système de guidage : certaines données avaient été intégrées en kilomètres et d’autres en miles.
Comme quoi, même dans le domaine des nombres, le langage commun de l’humanité se promettant d’entrer en contact avec les petits hommes verts demeure quelque peu bégayant !

Annexe 2 : cahier des charges de l’arpentage de Nicolas Kerszenbaum

1 – l’itinéraire
- Nicolas Kerszenbaum suivra au plus près le tracé du méridien de Paris, à partir de Dunkerque, en direction de Perpignan. Le départ aura lieu le 14 juillet 2009.
- Nicolas Kerszenbaum parcourra environ 25 kms par jour en terrain plat.
- Tous les soirs, Nicolas Kerszenbaum sera logé par un hôte. Cet hôte aura été contacté de la manière suivante : en préparation à son voyage, Nicolas Kerszenbaum envoie à toutes les personnes figurant dans son carnet d’adresses une lettre personnalisée leur explicitant son projet, et la nécessité où il est de trouver un gîte sur son chemin. Il leur demandera si eux-mêmes peuvent l’accueillir, dans l’hypothèse où ils disposeraient d’un logement situé à proximité du méridien. Dans l’hypothèse contraire, il les priera de le mettre en contact avec des connaissances susceptibles de remplir ces mêmes conditions. Par contacts successifs, Nicolas Kerszenbaum aura ainsi triangulé son itinéraire et obtenu les gîtes nécessaires à l’accomplissement de son voyage.
- Nicolas Kerszenbaum proposera par ailleurs systématiquement à ses hôtes de l’accompagner une journée dans sa marche.
- Dans l’hypothèse où il demeurerait des étapes dépourvues d’hôte, Nicolas Kerszenbaum se réserve la possibilité d’inviter un ami à venir le rejoindre pour partager sa tente une nuit.
- Dans l’hypothèse où Nicolas Kerszenbaum ne disposera ni d’hôte ni d’ami venu le rejoindre, il devra solliciter l’hospitalité d’un lieu de collectivité (centre de vacances, auberge de jeunesse, foyer rural, salle communale, etc.).
- En hommage au calendrier révolutionnaire, Nicolas Kerszenbaum s’octroiera un jour de repos sans marche tous les quintidis et décadis de la décade (tous les 5 jours).
- S’il tient ce cahier des charges, Nicolas Kerszenbaum doit parvenir à Paris fin août, date à laquelle se terminera le voyage.

2 – les rencontres
- Outre les rencontres fortuites, de hasard, faites durant la marche le long du méridien, Nicolas Kerszenbaum rencontrera tous les soirs un hôte différent, en grande majorité des inconnus. Il essaiera de poursuivre de l’un à l’autre une conversation imaginaire initiée par la première rencontre selon la modalité suivante : parmi les questions qui lui auront été posées dans la soirée, il en conservera une qui l’aura particulièrement troublé, touché, intéressé, perturbé ou à laquelle il ne possède pas de réponse. Cette question, il la gardera secrètement en mémoire, et la posera à l’hôte suivant. De cette question naîtront d’autres questions, et ainsi de suite.
- Par ailleurs, et selon, le même procédé, Nicolas Kerszenbaum demandera à chacun de ses hôtes de lui raconter une histoire drôle, qu’il racontera à son tour le lendemain à l’hôte suivant.
- Pour le reste, Nicolas Kerszenbaum profitera de cette rencontre unique pour apprécier les qualités de ses hôtes.

3 – glanage du matériau d’écriture
- Antérieurement à son voyage, Nicolas Kerszenbaum a conservé une trace écrite de toutes les démarches qu’il a fallu réaliser pour obtenir les logis que nécessite son trajet.
- Tous les dix mille pas, Nicolas Kerszenbaum rédigera une description du paysage où il est arrêté. Cette description devra être rédigée sur dix lignes au moins.
- Tous les jours, Nicolas Kerszenbaum rédigera en dix mots au plus un portrait de l’hôte de la veille. Il aura également noté l’histoire drôle et la question qui l’aura troublé.
- Toutes les demi-décades, Nicolas Kerszenbaum enverra une lettre à Stéphane Olry pour  lui relater ses cinq derniers jours de tribulations.

4 – calendrier
Du 14 juillet au 15 août 2009


Annexe 3 : cahier des charges de l’arpentage de Kenji Lefèvre Hasegawa

Fils d’un couple franco-japonais, Kenji Lefèvre Hasegawa a passé son enfance dans un hameau du Lot. Mathématicien, documentaliste, il possède une solide expérience du voyage solitaire : en Inde, en Sibérie, et en Chine notamment.
Lors de voyages en France, il a constaté combien il était fréquent de rencontrer dans des petits villages des étrangers souvent assimilés à la population locale : un épicier algérien ici, un curé africain là.  En observant le tracé du méridien sur une planisphère, Kenji Lefèvre Hasegawa a constaté qu’il suit une des grande route de l’immigration. Il a donc décidé de parcourir le méridien de Paris dans sa trajectoire hors de France tout en restant sur le territoire national, en rencontrant les espagnols, les algériens, les maliens, les béninois vivant le long de la ligne. En hommage à son père, qui -comme celui de Stéphane Olry- fit partie des Expéditions Polaires Françaises, il cherchera aussi à rencontrer lors de son voyage les anciens membres des Expéditions Polaires Françaises.

1 - la  préparation
Kenji Lefèvre Hasegawa  consacrera deux semaines fragmentées à la préparation de l’arpentage. Il appellera les relais (associations d’aide aux étrangers, consulats, secrétariats des mairies, amicales  de flamenco etc..) susceptibles de lui donner les coordonnées des espagnols, des algériens, des maliens, des béninois présents sur son trajet. Son objectif sera d’en rencontrer deux par jour. À défaut d’anciens des expéditions polaires (nombreux au demeurant dans ces lieux déserts), Kenji Lefèvre Hasegawa pourra se rendre dans des aquariums et des zoos pour rencontrer des pingouins des ours blancs et autres représentants de la faune australe.
Sera considéré comme originaire des pays concernés quiconque y aura passé l’enfance et l’adolescence, sans préjugé de lieu de naissance ou de nationalité.

2 - l’itinéraire
Plusieurs modes de transports ont été éliminés : la marche (physiquement pénible quand elle se prolonge), le vélo (pour la même raison), le stop (seuls les chinois s’arrêtent pour prendre Kenji en stop). Kenji Lefèvre Hasegawa se déplacera donc en camping-car.
L’itinéraire –encore à fixer- devra comprendre un mélange de villes industrielles et de campagnes. Kenji Lefèvre Hasegawa parcourra vingt-cinq kilomètres par jour durant trois semaines, soit un segment de cinq cents kilomètres environ. Son arpentage se centrera sur les communes traversées par le méridien ainsi que sur les communes limitrophes soit un rayon de ving-cinq kilomètres autour de la ligne.

3 - les immigrés
Kenji Lefèvre Hasegawa fixera avec chaque immigré un rendez-vous sur le lieu de son choix. Il passera le prendre avec son camping-car, puis s’arrêtera sur un parking, se garera dans une rue située précisément sur le méridien.
Il procèdera alors à l’interview. L’entretien sera enregistré sur un magnétophone. Il ne durera pas plus d’une heure. Il comportera ces deux questions : Racontez-moi votre première journée en France. Racontez-moi votre journée d’hier. Il pourra aussi demander : Qu’est ce que vous fabriquez en France ? et : Montrez-moi un objet rapporté de votre pays.
À l’issue de l’entretien, Kenji Lefèvre Hasegawa ramènera en camping-car son interlocuteur sur le lieu que ce dernier voudra.

4 - calendrier
L’arpentage de Kenji Lefèvre Hasegawa pourra avoir lieu à partir de mai 2010.