MOUVEMENT.NET Mars 2008
COMPTE RENDU
Un art fugitif
La Revue Eclair souffle ses vingt bougies
Corine MIRET / Stéphane OLRY
date de publication : 27/03/2008 // 4795 signes
Le week-end des 8 et 9 mars a vu la Revue Eclair célébrer ses vingt ans en son château de la Roche-Guyon. L’occasion pour les artistes collaborateurs de présenter de fugitives performances, dans un haut lieu de l’aristocratie des Lumières.
Vingt ans de longévité, une fois l’an 2000 passé, pour une compagnie d’artistes contemporains, cela se fête. La Revue Eclair de Stéphane Olry et Corine Miret, en résidence depuis deux ans au château de la Roche-Guyon, y organisait, les 8 et 9 mars derniers, un week-end artistique anniversaire avec leurs collaborateurs amicaux ; chacun d’eux était invité à donner un petit spectacle en l’espèce d’une brève performance. Chacune étant en lien avec le travail en cours, une production (Le Voyage d’hiver) qui sera mise en scène par Corine Miret à la Comédie de Béthune en décembre 2008 (1). Mais quel étrange voyage a amené ces artistes en plein Vexin ?
En général, les artistes modernistes, ou engagés dans leur temps, disons contemporains, investissent des locaux désaffectés par le commerce ou l’industrie. Ils sont plus inattendus dans un ancien domaine aristocratique tel que ce château de la Roche-Guyon. Certes, l’endroit est entré dès le XVIIe siècle en la possession d’une lignée de libres-penseurs, les La Rochefoucauld. Au XVIIIe siècle, Condorcet ou d’Alembert y séjournèrent, et le duc y fit construire un petit théâtre, aujourd’hui à restaurer complètement (2). Stéphane Olry et ses camarades ont donc investi le grand salon, vide et seulement paré de ses immenses tapisseries des Gobelins représentant la tragédie d’Esther (3). Sans autres artifices que celui, désuet, d’un grand lustre qu’il a été possible de munir de ses bougies, Frédéric Révérend, Stéphane Olry, Tony Abdo, Hubertus Biermann, Jean-Christophe Marti, Didier Petit et Sandrine Buring, ont dit un texte, chanté une chanson ou exposé leur présence chorégraphique. La légèreté des ombres et des lumières dispensées évoque cependant moins le faste aristocratique que, dans un sourire nostalgique, la privation des services d’EDF.
L’atmosphère est alors paradoxalement, celle d’un groupe d’artistes éprouvés comme il se doit par les vaches très maigres imposées de nos jours à la création, mais qui trouvent refuge dans un haut lieu de l’aristocratie des Lumières. A l’origine de cette alliance, il y a Yves Chevalier, le directeur du château. Cet ancien directeur de Drac, particulièrement réceptif aux formes atypiques, accueillera d’ailleurs, le 6 avril prochain, une page de la seconde édition d’Off Limits, un micro festival de programmation scénique expérimentale (lire par ailleurs).
Huit moments se succèdent, pendant le jour diminue romantiquement : une chanson sur le Liban accompagnée à la guitare sèche ; un hommage aux imbéciles, dans lequel Stéphane Olry dit ne rien savoir faire d’autre que d’être traversé d’émois ; le portrait satirique et imaginaire d’un compositeur contemporain en chef d’orchestre ; la lecture d’une conférence de John Cage sur le silence ; enfin, Sandrine Buring, nue sous un drap couleur de thé, qui semble rêver d’Esther en composant des figures comme évadées des tentures. L’ensemble suggère une méditation tacite sur l’art réduit à sa plus simple expression. Ce n’est pas non plus une proposition minimaliste – le minimalisme n’interdisant d’ailleurs pas la sophistication. On est plutôt dans un art fugitif, presque au double sens d’un art en exil. Une ritournelle, un court texte, un bref discours sur silence, laissent en négatif chez les spectateurs l’image invisible d’une trace, le signe de leur regard suffisamment regardant pour regarder autrement ces scènes sans faste, que dans la vie. Il serait cynique de s’en satisfaire, en s’émerveillant de la puissance irréductible de l’art. Mais il est possible que la Revue Eclair ait représenté aussi quelque chose de la modestie et de la dignité, de l’effacement, d’un art des disparitions.
1. La référence au cycle de Schubert est ici comparable à celle que pouvait faire Vincent Dieutre dans son film Mon voyage d’hiver.
2. Il est situé dans la partie troglodyte du château qui est accoté à une falaise calcaire. L’idée que le théâtre soit une grotte magique se retrouve chez Pierre Corneille, dans L’illusion comique (1633).
3. Racine écrivit une tragédie pour les demoiselles de Saint-Cyr. Ces jeunes filles nobles que Madame de Maintenon voulait instruire devaient trouver dans Esther le modèle émancipateur d’une femme courageuse ; Esther raconte en effet la légende biblique de la princesse juive se sacrifiant pour son peuple. Ces tapisseries commandées en 1767, à la veille de la Révolution (le duc de La Rochefoucauld était engagé aux côtés de l’assemblée du Tiers Etat), semblent se souvenir de cette visée éducatrice et libre.
Mari-Mai CORBEL
Mouvement.net février 2008
MOUVEMENT
08/03 > 09/03/2008 - CHÂTEAU DE LA ROCHE-GUYON
Week-end surréaliste au château
La Revue Éclair N°20
Pour fêter ses vingt ans, la compagnie La Revue Eclair organise un week-end spécial au château de la Roche-Guyon, où elle est actuellement en résidence. Au programme : mises en scène collectives et réinterprétations individuelles.
La compagnie La Revue Eclair fête ses vingt ans au splendide Château de la Roche-Guyon. Créée par Stéphane Olry et Corine Miret en 1988, La Revue Eclair n’organise pas seulement des mises en scène (on a pu voir dernièrement La Vita Alessandrina et Les treize semaines de vertu au Festival d’Automne), elle s’allie aussi régulièrement à d’autres artistes pour des collaborations artistiques, créations communes et expérimentations. Ce sont des artistes de tout horizon – théâtre, danse, musique, littérature, vidéo – et de cursus atypiques voire autodidactes. Pour son vingtième anniversaire, la compagnie, en résidence au Château de la Roche-Guyon, propose les 8 et 9 mars de rencontrer les artistes avec qui Stéphane Olry et Corine Miret travaillent régulièrement et qui participent à leur prochaine création, Le Voyage d’hiver, à la Comédie de Béthune (décembre 2008). Tony Abdo, Hubertus Biermann, Sandrine Buring, Elena de Renzio, Jean-Christophe Marti, Didier Petit et Stéphane Olry, Mathias Poisson et Virginie Thomas, ainsi que le théologien et dramaturge Frédéric Révérend proposeront des formes brèves, sortes d’instantanés de recherches personnelles et communes sur les thèmes de la frontière, de la marge, de l’errance et de la rencontre. Chacun, en toute liberté de formes, présentera une pièce courte de 3 à 15 minutes. Cela ira d’une réinterprétation d’une Conférence sur rien de John Cage (Hubertus Biermann) à des chansons aigres-douces sur les guerres du Liban (Tony Abdo), d’une exposition temporaire de son propre corps (Sandrine Buring, danseuse) aux Instructions à l’imbécile (Stéphane Olry et Didier Petit)... De légères variations entre l’après-midi du samedi et celle du dimanche sont à prévoir...
Les 20 ans de La Revue Eclair, les 8 et 9 mars au château de la Roche-Guyon.
Réserver auprès de Jérôme Tisserand : 06 09 96 09 84 /
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Une navette sera mise en place sur réservation auprès de Jérôme Tisserand 06 09 96 09 84, depuis Mantes-la-Jolie jusqu’à La Roche-Guyon.
Mari-Mai CORBEL
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Week-end surréaliste au château
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