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"Certains lieux n'existent pas sur la carte de la région parisienne: ne figure à leur place qu'une forme blanche, vierge de toute indication. Pendant un an, je suis allé visiter ces zones une par une."
Voilà comment Phiippe Vasset décrit son projet d'écriture.
Johnny Lebigot décrit ainsi l'intinéraire qui l'a amené à fabriquer sa table :
"Je suis né et ai vécu mon enfance dans le bocage normand à une quinzaine de kilomètres
du Mont-Saint-Michel. Mes premières cueillettes sont précoces, imprévues, une chasse de minables trésors, de promenades en promenades par des chemins de boue ou de tangue.
Ma mère qui m’a, avec mes trois frères, initié aux couronnes de châtaigner, est la première destinataire de ces bouquets éparses. Lors de nos rares promenades elle m’apprend à cueillir
en pensant aux autres, altruisme appliqué ou aimable façon de limiter l’invasion.
Du reste, je suis seul, même accompagné, incessamment seul, je ne fuis pas pour me promener mais je lis, joue de la trompette et me promène pour fuir……………………………………………
Je garde cette façon de cueillir au pied levé, je ne joue plus de trompette et lis toujours beaucoup,
je ne fuis plus, j’ai fuis depuis longtemps et retourne peu sur ces terres, non que je les haïsse,
mais j’ai pour elles des sentiments très entremêlés. Je ne me sens plus seul. Mon zézaiement
n’est plus que léger, je parle vite, je ne passe plus des garçons aux femmes, j’ai un peu voyagé, beaucoup si j’en crois mes camarades du primaire qui n’avaient à 11 ans pas vu la mer.
De l’asthme je suis passé au décollement de poumon à l’eczéma etc. Je codirige un théâtre
de création contemporaine (danse et musique associées), activité peu probable,
dont on ne peut se faire qu’une idée indistincte de ce fin fond sud de la Manche.
Quand je rentre dans une salle de classe pour des rencontres post-théâtrales, je m’étonne toujours
de ne pas retrouver l’odeur pénétrante du lisier. Je fus bon élève, absent, chantonnant ; l’université (de lettres) ne fut pas très probante, ennui, écriture. Je pris l’air à l’aune de ma curiosité artistique
et de mes rencontres. Quand je n’ai plus pu écrire (trop à dire, trop lourd ?) je suis reparti
à la cueillette, j’ai commencé à intervenir (tresser, fixer les matières, les couleurs, la pourriture), prennent forme des « bijoux », des personnages en aplats végétaux qui feront un livre.
J’ai posé des fils dans ma chambre de bonne, ou plutôt garçonnière, pour suspendre mes réalisations devenues trop encombrantes.
Mon père meurt. Je n’ai pas de table, je remonte une porte de cave et la pose sur tréteaux,
sous les fils. Dans le même temps je découvre La table (dernier livre de Ponge), je m’y engouffre. Ponge parle d’empêchement d’écriture. Il finit par La Table, je dois commencer par elle,
quelle présomption. Il la tient comme je l’ai subie à l’horizontale, je l’ai choisie à la verticale,
coudes irrévérencieusement appuyés pour maintenir à deux mains ma bouche
par où acheminer un peu d’air aux poumons asphyxiés. Il la démultiplie je tente d’amalgamer.
Il contraint la langue au plus près des choses (notamment des végétaux), je contrains le végétal
au plus près de l’écriture. La Table est là et après…
L’histoire revient, ambivalente. Je ne peux pas imaginer vivre à la campagne et je travaille
sur du végétal, je remplis ma table et par extension ma chambre de graminées sèches
alors que je suis asthmatique, j’évoque ces lieux en disant les avoir fuis, je mêle images religieuses, païennes et profanes, je travaille dans la durée avec des éléments périssables,
sur la fragilité en la contredisant, l’horizontalité par la verticalité, sur la matière en y mêlant
du figuratif, l’établi et le retable, le rustre et le précieux, la pomme de terre et les friandises de luxe,
les teintes passées et le rose, j’invite des artistes d’autres disciplines
notamment du spectacle vivant à La Table.
Serait-ce par ce que je suis ascendant gémeau (le signe de ma mère) ?
J’aime m’adonner à la pensée magique, aux enfantillages…"
Lire le texte de l'exploration de Philippe Vasset à la table du glaneur qu'est Johnny Lebigot nous a semblé pertinent.
les extraits du texte choisis par Johnny Lebigot sont lus par Stéphane Olry.
La lecture dure 30 minutes environs.
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